La Maison d’Averroès, que vous dirigez avec Olivier Roy et Rachid Benzine, œuvre pour une approche laïque, républicaine de la langue arabe. Votre engagement pour l’Appel s’inscrit-il dans le même esprit ?
Oui, la création de la Maison d’Averroès s’ancre dans mon attachement aux valeurs républicaines. Cela a été possible grâce au contexte français et parce que je me sens bien comme Française et dans ma culture musulmane. Mon engagement pour l’Appel se situe dans le prolongement. Je ne me sens pas coupable à cause de quelques criminels qui instrumentalisent ma religion. Mais il était nécessaire de dénoncer le massacre des chrétiens d’Orient. Dans les années 1983-1985, le Front national a été élu à Dreux, ma ville. J’ai entendu beaucoup de discours haineux. Mais des Français « de souche » sont descendus dans la rue pour condamner ces propos ! Ces gens m’ont nourrie de leur engagement. Je veux faire la même chose.
Manifester pour dénoncer l’instrumentalisation de la religion ?
C’est leur rendre hommage ! Certains de mes coreligionnaires ne sont pas favorables à l’Appel. Ils ne se sentent pas responsables et estiment ne pas avoir à réagir. Ce n’est pas une raison. Au niveau local, dans les Yvelines, j’ai eu un retour très positif sur l’Appel. De la part de musulmans mais pas seulement. Des habitants m’ont dit : « on avait besoin que vous fassiez cette dénonciation haut et fort ». Nos concitoyens ont besoin d’être apaisés.
Est-ce là une des vocations de l’Appel ?
Oui. Je me suis impliquée pour fédérer la dénonciation des musulmans de France mais aussi pour rendre publique notre citoyenneté. Il y a un rejet croissant de l’islam. Le vivre ensemble est mis à mal. Sous couvert du droit à l’expression, certaines personnes se livrent à des propos nauséabonds. Les provocations se multiplient, comme l’apéritif « pinard et saucisson » de la Goutte-d’Or, lancé sur Facebook [en juin 2010]. Notre pays a besoin de se retrouver, de se faire France. Il nous faut déconstruire les préjugés. La plupart des musulmans souffrent des actes commis au nom de leur religion mais n’osent pas prendre la parole. Nous devons rompre ce silence. C’est ce que fait l’Appel. Il aura marqué notre pays. Nous sommes à une époque charnière. Il y aura un avant et un après.
De quoi doit être fait l’après ?
Il faut construire un socle commun, des symboles, des fondations pour façonner un vivre ensemble. Nous devons tous œuvrer pour notre devenir. Et ne plus laisser personne instrumentaliser la religion.






















