Myeurop : Votre appel « l’Islam bafoué par les terroristes » lancé il y a quinze jours a eu un grand retentissement. Depuis, les Tunisiens ont renversé le régime despotique de Ben Ali et la rue algérienne gronde. Pensez-vous que le regard ambigu de l’Occident sur l’Islam puisse rapidement redevenir positif ?

Rapidement, non. Les analyses livrées sur la société tunisienne par certains grands médias et responsables politiques manquent de discernement. Ils rassemblent sous le vocable d’"islamiste" des tendances très diverses, créant une confusion dans les esprits entre les mouvements conservateurs de l’islam politique et les milices armées de type GIA, voire Al-Qaida. Comme si on mettait sur un pied d’égalité les groupes les plus durs de l’extrême-droite chrétienne et des partis type CDU en Allemagne !
Dans un monde où les identités politiques et religieuses fusionnent en partie, il faut étudier les faits de manière dépassionnée, sans partir du principe que deux blocs sont d’ores et déjà en guerre. Pour cela, il faut changer notre regard sur les musulmans.
Cet appel a fait du bruit en France. Pourtant, affirmer que les musulmans ne sont pas responsables des crimes commis par des fanatiques se réclamant de l’Islam, n’est-ce pas énoncer une simple évidence ?
C’est l’argument avancé par les quelques personnes réticentes ou opposées à l’appel. Dix ans se sont écoulés depuis le choc du 11 septembre. Dès le 12 septembre, nous avions été quelques-uns à avoir l’idée de ce type d’appel, mais à l’époque, il n’était pas réalisable : l’emportait chez les musulmans une stupeur généralisée, ainsi qu’une certaine forme de déni – "ce n’est pas possible qu’une chose pareille se produise au nom de l’Islam". Et le sentiment que réagir face à quelque chose d’aussi inconcevable aurait été reconnaître, même par sa contestation, une forme de connivence.
Aujourd’hui, face à la répétition des actes de terrorisme, mais aussi à l’apparition d’une forme de maturité, la volonté de prendre position a pris le dessus. Sans répondre à une quelconque injonction de se justifier, nous agissons en êtres libres, adultes, responsables, citoyens.
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