En tant que féministe militante, pourquoi avez-vous signé l’Appel?
Parce qu’on assimile les problèmes de l’intégrisme à l’islam de la même manière qu’on fait de l’islam un élément d’oppression des femmes. Or, dans les deux cas, on ethnicise et on racialise des problèmes qui résultent avant tout d’une détresse sociale. Nous, personnes issues de l’immigration, nous ne devrions pas avoir à faire la démonstration de notre républicanisme. Mais les violences commises contre les chrétiens en Égypte et la période politique actuelle exigent que nous rappelions que l’islam de France existe, qu’il est républicain. La terreur n’a pas sa place au sein de cette religion. La plupart des musulmans ne se reconnaissent pas là-dedans. Mais tout un fantasme est construit autour du fondamentalisme. C’est ce qui se produit en Tunisie. La peur éprouvée en France vis-à-vis du risque islamiste est disproportionnée par rapport à ce qui se passe dans la réalité !
Sur place, les Tunisiens réclament la liberté, ils se battent pour l’indépendance. C’est la même chose pour nous, musulmans de France et petits-enfants d’immigrés. En temps de crise, nous sommes dans un combat permanent pour régler des difficultés d’ordre social. Nous aspirons aux mêmes choses que les autres citoyens. L’islam est instrumentalisé au niveau de la sphère politique. Depuis toujours. J’ai le sentiment que les politiques ne sont pas à la hauteur du principe d’égalité.
C’est-à-dire?
La société crée de l’exclusion. On cherche à éviter la question sociale en enfermant les gens dans des problématiques ethniques et raciales. Or, pour produire de la cohésion sociale, il faut parler des problèmes de chômage, de logement. Cela ne marchera pas si les gens sont enfermés dans le carcan de l’islam. Dans les quartiers difficiles, les gens sont renvoyés à une identité qui n’est pas la leur. Les violences urbaines sont dues à la détresse sociale. Du coup, les difficultés ne seront pas résolues par des réponses ethniques et raciales. Concentrer tous les problèmes autour de ces enjeux, c’est de l’escroquerie intellectuelle. La vraie question à se poser, c’est : qu’est-ce que je mets en place comme dispositif social pour répondre aux besoins des gens ? Autrement, on crée du communautarisme et du sectarisme.
Et concernant les difficultés propres aux femmes?
C’est la même chose. La question des femmes a été ethnicisée. On parle des problèmes de l’excision, du voile, ou même de soumission, ce qui renvoie au spectre religieux. Or, le champ d’oppression est plus large que ça. Moi, j’ai porté le voile. J’ai décidé de ne plus le porter, ça n’a pas été difficile. En revanche, j’ai plus de difficulté à me libérer de l’oppression sociale ! Je suis comme ma copine Véronique ou comme ma copine Sarah. Lorsque les femmes sont enfermées dans des problématiques ethnique ou raciale, on n’évite de se poser la question de leurs droits sociaux. Là encore, il faut se demander quel dispositif mettre en place pour les aider à s’émanciper ! Tous les problèmes sont liés. Souvent, c'est la détresse sociale qui pousse les gens dans des positions extrémistes.
►Lire: La revue de presse de l'Appel






















