Une femme noire, allongée nue sur une banquette de cuir lacérée. Gros plan sur sa main, posée sur sa cuisse. Gros plan sur poitrine gonflée. Et puis, son ventre: elle est enceinte. La caméra pourrait se contenter d’effleurer du regard cette femme en train d’accoucher. Mais elle s’attarde. Puis viennent les cris du bébé, et le titre du film: Women are Heroes.
JR aime les gros plans. Dans son premier film, le photographe de 27 ans est allé recueillir les témoignages de femmes du monde entier qui luttent, chassées d’un bidonville à Phnom Penh, mariées de force en Inde ou abandonnées par les hommes en Sierra Leone. Puis il les a photographiées. De près. Avec les photos, il a réalisé d’immenses affiches, et filmé leurs installations sur les murs des bidonvilles. Des performances monumentales, comme ce plan aérien sur ces yeux géants, collés sur des wagons de Kibera, qui nous scrutent.
Le film n’est pas un simple documentaire; c'est un véritable projet artistique. L’oeuvre n’est pas figée, elle appartient aux habitants. "Nous voulons que votre histoire voyage, explique JR. Quand on interroge les femmes qui ont beaucoup souffert ici, on se dit: whaou, elles doivent être mortes à l’intérieur. Mais quand je leur demande de faire une grimace, après, en regardant les photos, on se dit: non, cette personne vit encore."
Les récits sont souvent bouleversants. Comme celui de Rosiete, qui vit dans la Favela Morro da Providência à Rio de Janeiro, où trois jeunes ont été enlevés par l’armée puis vendus à la favela voisine, qui les a découpés en morceaux. Plans accélérés du soleil couchant sur la favela, air de trip-hop et voix grave de Rosiete: "C’est terrible pour une mère de devoir aller chercher le cadavre de son fils dans une décharge."
Le film aurait pu être ennuyeux, larmoyant, misérabiliste. Il n’en est rien. Sans doute parce JR a su casser les codes du documentaire, comme il était parvenu à casser ceux de la photo. Lire la suite sur Youphil






















