Mer, petite ville du Loir-et-Cher. Trait d’union entre la Beauce et la Sologne. Terre d’églises, de clochers et de moulins. Classé patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000, grâce aux châteaux de la Loire. Soudain, au beau milieu de ce paysage, apparaît une immense mosquée à la fine architecture orientale. Majestueuse. Imposante.
« Elle est l’une des plus grandes en France. 500 000 euros d’investissement ! » explique fièrement Caglar Eyyup, président de l’association sportive culturelle des Turcs de Mer. Et Bernard Sadois, conseiller municipal, rieur, de lancer : « Je me battrai pour que vous ayez le plus haut minaret de France ». « Merci, pas besoin mon ami. Nous avons notre bonheur », lance spontanément un fidèle. Hilarité générale. Quand la France se crispe sur la question, à Mer on en rigole.
Pourtant, jusqu’en 1970, cette bourgade ne comptait pas un musulman. Les premiers immigrés arrivent cette année-là pour travailler à l’usine Epéda (fabricant de matelas). De 3 000 habitants, la ville est aujourd’hui passée à 6 000. Les musulmans représentent 15 % de la population. Des Turcs essentiellement, quelques Marocains et une famille algérienne.
Le modèle mérois
En 1999, l’usine est emportée par la vague des délocalisations. Une tragédie locale. Mais les immigrés ne partent pas. Au contraire, ils s’organisent autour de la communauté pour mieux s’ancrer dans le terroir.
À leur initiative, l’éducation nationale turque détache, en 2008, Yavuz Ridvan, professeur de langues et civilisations, à l’école primaire et au collège de la commune. « Ma mission est de leur transmettre la culture d’origine. L’islam en fait partie. Mon but n’est pas de les former à la pratique religieuse mais de donner des outils de réflexion et d’analyse. Contrairement à ce qu’on dit souvent, cela permet de mieux s’épanouir dans la culture d’accueil », explique l’enseignant.
Entre deux gorgées de thés, l’imam Youssouf Koc, acquiesce. Lui aussi, c’est Diyanet, le département des affaires religieuses turc, qui l’a affecté à Mer. « Ici les jeunes sont restés sur une pratique très proche des parents. C’est un islam culturellement apaisé et moins dogmatique, explique Jamal El Hamri, Marocain d’origine, 26 ans et étudiant en islamologie. Ensuite, l’environnement est sain et serein. Tout le monde se connaît. Nous avons tous fréquenté le même collège, nos parents ont travaillé ensemble à l’usine. Personne n’est anonyme. Chacun a une histoire, on sait qui il est, d’où il vient… Finalement, la relation sociale l’emporte sur la relation communautaire ou religieuse ».
Bernard Sadois tempère : « Il a raison mais hors quelques espaces naturels de rencontres, chacun vit ses fêtes, ses mariages de son côté… Je suis l’un des rares Mérois blancs à venir partager le thé à la mosquée par exemple ».
Pour développer les échanges, Bernard le retraité et Jamel l’étudiant, l’athée et le musulman, ont uni leur force de conviction dans une association dont le nom, Eclectik, tient presque lieu de programme. Ils ne sont pas seuls. « C’est à nous, la nouvelle génération, de sortir d’une relation d’indifférence, de tolérance réciproque pour réellement vivre ensemble, conclut Omur Simsek, 28 ans, candidat sur une liste indépendante aux dernières élections locales. Un ancrage qui passe par une participation citoyenne à la vie publique ».
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