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Avoir 20 ans à Wendake

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7 Décembre, 2010
Par: Hélène Roulot-Ganzmann

L’administration canadienne parle de réserve amérindienne. Mais pour les jeunes de la nation huronne, Wendake, c’est « le village », leur famille, leurs racines, culture, traditions, un petit bout de leur territoire ancestral. Là où ils retournent toujours.

On entre à Wendake sans s’en rendre compte. Un panneau aux couleurs amérindiennes souhaite la bienvenue, mais dans la rue principale qu’on empreinte en sortant de l’autoroute, le paysage ne change pas. Mêmes centres commerciaux nord-américains, stations essence, bungalows, gens affairés. La ville de Québec n’est qu’à une dizaine de kilomètres et plusieurs bus font la liaison.

On est loin de l’image de la réserve amérindienne perdue en plein milieu du Midwest où le désœuvrement, l’obésité, le jeu et l’alcoolisme règneraient en maîtres ! « La proximité d’une ville, c’est sans doute ce qui nous sauve. Je vais tous les jours au collège à Québec, raconte Pierre-Alexandre, 18 ans, étudiant en éducation spécialisée. Je suis heureux d’habiter à Wendake parce qu’ici nous avons de l’espace. Mais je suis bien content d’être aussi près d’un centre urbain. Il existe des réserves très isolées, loin de tout, je ne suis pas certain que je m’y plairais. »

Isabelle, 28 ans, éducatrice à l’enfance au centre d’amitié autochtone de Québec, aime le calme de son village, mais aurait sans doute du mal à se passer de la ville toute proche. Avoir le choix, voilà ce qui lui importe. « Je suis Wendat, je le sens dans mes veines où que je sois sur la planète. C’est important et je le transmettrai à mes enfants sans même m’en rendre compte. Mais si je reste avec le même homme et que leur papa est donc africain, il me paraîtra tout aussi primordial qu’ils connaissent leurs racines africaines.» 

Pour Jean-Philippe Sioui, 25 ans, l’un des Chefs traditionnels de la communauté et jeune entrepreneur, « avoir Québec tout proche, c’est bon pour les affaires, ça permet de tisser des partenariats et de briser les barrières entre nos deux nations. Mais il y a un danger au niveau culturel. Il y a des gens qui oublient que Wendake, c’est différent. »

 Perdre leur culture, leurs traditions sur l’autel de la modernité et de la société de consommation qui les entoure de toute part et dans laquelle ils vivent bon gré, mal gré, voilà ce qui les effraie. D’autant qu’ils commencent tout juste à se réapproprier leur patrimoine. « L'histoire est écrite par les vainqueurs, note Paul, 18 ans, étudiant en business. Si vous regardez les manuels aujourd’hui, on a l’impression qu’il n’y a qu’une seule date importante : 1649, la chute de la confédération wendat. Tout le reste est passé sous silence. Lorsque j’étais enfant, il y avait peu d’endroits pour en apprendre plus sur nous. Aujourd’hui, c’est en train de changer. »

Ce changement est arrivé il y a deux ans, avec l’élection d’un nouveau Grand Chef. Konrad Sioui est venu avec la volonté d’agrandir le territoire de Wendake, mais aussi de réanimer la fierté huronne et de permettre aux jeunes de rester sur le territoire. « Ils sont notre phare, notre dynamisme, notre espoir, assure-t-il. Ces dernières années, beaucoup sont partis, faute de trouver du travail au village. Il faut mettre le paquet sur le développement économique ainsi que sur les loisirs. Aujourd’hui, il n’y a pas de piscine, pas d’aréna . On va le faire. S’il y a des jobs, des opportunités, ils vont rester. Ils sont patriotes, ils ont un profond respect pour leurs traditions. Mais il faut bien qu’ils mangent… » Isabelle confirme.

C’est lorsqu’elle est partie deux ans en France par amour pour un Congolais vivant à Clichy-sous-Bois, qu’elle a ressenti pour la première fois ce profond attachement. « Là-bas, il me manquait quelque-chose, explique-t-elle. Il fallait que je me rapproche du village. Le moyen que j’ai trouvé, c’est le perlage. Je perlais tous les soirs, c’était mon moment à moi. »

Les jeunes hommes pratiquent la pêche, la chasse, la trappe, la cueillette des baies et des plantes médicinales. Le Chef Jean-Philippe Sioui participe régulièrement à des cérémonies spirituelles. « À chaque lune, pour remercier de Créateur, précise-t-il. Cette semaine, c’est la cérémonie pour l’eau d’érable, qui annonce le retour du printemps. » « Je vais à la chasse, plus par tradition, pour me ressourcer en forêt, pour écouter mon grand-père me raconter mes ancêtres, ajoute Pierre-Alexandre. Nous avons un rapport fort à la nature, c’est peut-être ce qui nous différentie le plus des autres Canadiens.»

Canadien? Wendat? Les réponses diffèrent. Pour le Chef Jean-Philippe Sioui, pas une once d’hésitation, il se définit comme Wendat. « C’est mon identité. Je suis fier d’être membre des Premières nations. Je m’intéresse à l’histoire de mes ancêtres et je veux être digne de ce qu’ils ont accompli. Ils ont remporté de grandes batailles au niveau politique, culturel, social. Mais le chemin est encore long pour faire reconnaître tous nos droits. »

Pour Paul, la question n’est pas complètement tranchée. « Je m’habille comme un Québécois, je mange, je parle comme lui. J’ai suivi la même scolarité. Bien sûr, les fins de semaine, il m’arrive d’aller pêcher et chasser, mais je vais tout aussi souvent en party. Et puis regardez-moi, je suis grand, les yeux bleus, les cheveux clairs… je n’ai pas vraiment l’air d’un Huron-Wendat! Lorsque je dis que je le suis, la première réaction, c’est de l’incrédulité. » Un discours auquel Isabelle n’adhère pas. « C’est quoi avoir l’air d’un Wendat? Qui décide ça? Ceux qui sont venus nous coloniser? Oui, il y a du métissage. Entre nations amérindiennes, et aussi avec les Blancs. Tes ancêtres sont Wendats. Tu es Wendat. Donc tu ressembles à un Wendat. Et on ne doit laisser personne nous dire le contraire. »


HURON-WENDAT, KESAKO?

Le peuple Wendat vient d’Amérique du sud. Il s’est détaché des Mayas, Incas et autres Aztèques pour petit à petit s’installer dans la région des Grands lacs américano-canadiens vers l’an 500. Ce sont les Européens, qui en référence à la coiffure des hommes, ressemblant à une hure se sanglier, les nomment Hurons. Passés maîtres dans l’art du commerce, ils contrôlent les principales voies fluviales et font rapidement alliance avec les Français. Mais les maladies apportées par les colons, conjuguées aux graves problèmes sociaux causés notamment par la conversion au christianisme, affaiblit la nation, qui se disperse après une cuisante défaite face aux Mohawks en 1649. Une partie vient s’installer à Wendake.

Le terme de réserve pour définir les territoires attribués aux nations amérindiennes apparaît dans la loi fédérale sur les Indiens instaurée en 1876. Ce texte donne une autonomie aux peuples autochtones vivant sur les réserves et impose au Canada une obligation en matière d’éducation, de soin de santé, de logement, de développement économique et de fiscalité. L’État se doit également de protéger les territoires ancestraux. Cette loi n'est cependant pas toujours respectée et les Amérindiens, Hurons-Wendats en tête, doivent constamment faire valoir leurs droits devant les tribunaux.


EN CHIFFRES

  • 8 000 Hurons-Wendat aujourd'hui, vivant principalement dans les provinces canadiennes du Québec et de l’Ontario et dans les États américains de l’Ohio, du Michigan, du Kansas et de l’Oklahoma. Ils étaient 40 000 lors de l'arrivée des Européens au Canada au 17ème siècle.
  • 3 000 vivent dans le village de Wendake, qui compte 4 500 habitants du fait de mariages mixtes.
  • La superficie de la réserve est de 112 hectares, mais la communauté revendique des droits sur tout son territoire ancestral allant de l’Atlantique aux Grands Lacs, sur une bande de cent kilomètres au nord du fleuve Saint-Laurent. Une revendication validée par l’ONU en 1992.
 
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