Votre spectacle s'inspire de témoignages de femmes violentées recueillis lors d'ateliers d'art-thérapie. Genèse de ces rencontres ?
Tout a commencé à l'initiative d'une psychologue qui dirige un centre d'urgence accueillant des femmes et des enfants victimes de violences. Elle s'est rendue compte que les personnes se livraient très peu en séances individuelles. Par contre, les travaux de groupe permettaient de libérer plus facilement la parole. Je suis intervenue dans ce cadre. En utilisant des outils théâtraux lors de séances collectives, pour que les victimes puissent se confier. Nous avons beaucoup travaillé sur le corps, l'identité, la relaxation mais aussi via des jeux de rôles. Toutes les séances ont été enregistrées, et à partir de cela, j'ai écrit mon spectacle.
Qui sont ces femmes venues se confier ?
La violence touche toutes les catégories sociales. Au centre d'urgence, nous recevions essentiellement des personnes en grande difficulté. Lors des rencontres avec l'association
Femmes Solidaires, nous avons eu à faire à des personnes issues de tous milieux, de 19 à 65 ans. La violence ne commence pas au moment où les coups se mettent à tomber. Les racines sont souvent bien plus profondes et antérieures. De nombreuses femmes ont connu l'inceste, le viol ou ont été brutalisées dans leur enfance. La violence devient un code qu'elles acceptent et subissent, car elles ne connaissent que ça.
Les violences conjugales sont encore tabou dans notre société. A quel moment les victimes osent-elles vous en parler?
Certaines, qui subissent les violences dans l'intimité, disent stop le jour où ces attaques sont portées en public. D'autres réagissent quand cela touche leurs enfants. En atelier, une fois que la parole est libérée, il n'y a plus de tabou.
Vous présenterez votre spectacle lors de la journée internationale contre les violences à l'égard des femmes, le 25 novembre. Qu'est-ce que cet événement peut apporter ?
On espère surtout que cette cause aura plus de visibilité, ce jour-là. Sur décision du gouvernement, les violences faites aux femmes sont la "grande cause nationale française 2010". Pourtant, on en entend très peu parler ... Si les citoyens ne sont pas moteurs d'initiatives, nous n'avancerons pas.
De nouveaux dispositifs de lois* sur la protection et la prise en charge des femmes violentées ont été adoptés en juillet dernier. Des mesures efficaces selon vous?
Le problème, c'est la différence entre les textes et leur application. Les victimes de violences sont isolées, sous l'emprise de leur compagnon : elles n'ont souvent plus de travail, ni d'amis. Elles ne savent pas vers qui se tourner. Or, pour que la police et les centres sociaux puissent intervenir, il faut qu'elles sortent de chez elle, qu'elles portent plainte. Le plus souvent, elles sont trop terrorisées. Et malheureusement, même si des lois sont mises en place, le dispositif est long. Obtenir une place dans les centres d'urgence est compliqué. Les victimes sont régulièrement baladées d'hôtels en foyers et restent longtemps dans la précarité.
*Parmi les principales nouveautés de cette législation figurent l'ordonnance de protection (qui permet au juge (des affaires familiales) de protéger une femme menacée de coups, de mariage forcé ou de mutilations sexuelles), le renforcement des mesures pénales et la création du délit de violence psychologique au sein du couple.