Un groupe d’amis arrive en pleine nuit dans le village de Ruiflec. Sur place, certains disparaissent. Le Village des ombres commence comme un film d’horreur. Effet voulu?
L’idée était de présenter au spectateur un chemin un peu balisé. Sauf qu’on s’oriente rapidement vers une trame plus proche des films d’angoisse ou de suspense. On a instauré un rapport ludique avec le spectateur, en jouant constamment avec ses nerfs et son anticipation.
Ruiflec existe-t-il vraiment ?
Non. Enfin, on ne sait pas vraiment… peut être qu’il existe dans la 4ème dimension! Blague à part, Ruiflec est l’anagramme de Lucifer. Ça n’apparaît pas dans le film. Volontairement. C’était important d’ancrer notre histoire, une légende urbaine, dans un contexte typiquement français, dans notre terroir. On ne voulait pas singer les Américains avec un nom genre "Redneck". Il fallait un village à consonance bien française.
Les rôles principaux sont tenus par trois femmes. Pourquoi ?
La figure féminine au cinéma m’intéresse beaucoup. Je suis un fan absolu de Sigourney Weaver dans Alien, Linda Hamilton dans Terminator. J’aime beaucoup le travail de Tarantino avec Uma Thurman.
Avec les scénaristes, on a vraiment travaillé la direction des acteurs: le duo des sœurs, Christa Theret et Ornella Boulé. Une complicité s’est instaurée entre elles, dès le casting. Et Bárbara Goenaga, qui vient du cinéma fantastique espagnol. Elle a une beauté très douce mais une puissance intérieure très forte. Les deux sœurs sont plus brutes, animales. Au final, c’est un trio interdépendant.
Le film est parsemé de flashbacks et forwardbacks, c’est parfois perturbant…
Même si certains trouvent qu’ils cassent le rythme, j’aime ces allers/retours et la cadence qu’ils imposent. Ils permettent de mettre le spectateur dans la position des personnages. Je cherchais un peu à le perdre, en le manipulant, en l’emmenant vers des fausses pistes. Pour cette raison, le film gagne à être revu. Enormément de choses ont été tournées pour la deuxième vision.
C’est un film pour spécialistes du genre ou grand public ?
Je vise un public large. Les fans purs et durs ont tendance à ne pas l’apprécier. Ils en voient tellement, de tous les pays. En plus, il y a un certain complexe en France. On ne saurait pas faire ce genre de films. Le fantastique ne serait pas « notre » cinéma, les Américains font ça tellement bien!
Vos inspirations ?
D'une manière générale, le film fantastique espagnol. Plus précisémment, La Maison du diable de Robert Wise (1963), le film originel de maison hantée. Autres influences : Le Labyrinthe de Pan pour la dimension conte, L’orphelinat et La Quatrième dimension. Une série américaine des années 50, focalisée sur le basculement du réel vers l’irréel.
Les réalisateurs français d'origine maghrébine ont tendance à faire des films historiques ou sur l'immigration, les questions d'identité...
J’avais besoin de faire un long métrage en phase avec ma vraie religion. A savoir, mon amour du film fantastique. Par rapport à ce premier film, je n’avais pas envie d’être défini par mes origines. Je suis très fier d’être français d’origine algérienne mais ce n’est pas du tout un élément qui intervient dans mon travail créatif. En tout cas, pour le moment !
Des projets ?
Adapter une BD autour d’une mère de famille qui a une double vie. Entre autres !
Dernier film coup de cœur ?
Dans ses yeux.
Votre réalisateur préféré ?
Alejandro Amenábar.
Ce que vous détestez dans le cinéma français?
Les critiques! Plus sérieusement, je n’aime pas ce coté « microcosme fermé », incapable de se renouveler et d’accepter la nouveauté. Dès qu’un film un peu atypique débarque, on observe une sorte de rejet. Ou alors, il faut être dans le trop atypique. Un film sur l’histoire d’un pneu qui tue des gens, ça, c’est très branché!
Je n’ai pas fait une comédie, ni un film d’auteur. J’ai choisi le fantastique, alors que 5/6 ans auparavant, c’etait inenvisageable pour un premier long métrage. Je pensais que je serais obligé de céder au double héritage des comédies et de la nouvelle vague.
Pourquoi ?
Le cinéma fantastique français n’existait pas. En 2000, quelques essais ont émergé - dont de beaux navets. La porte s'est fermée. Une deuxième vague est arrivée en 2005, initiée par Canal+, qui s’est directement positionnée sur du très gore et sanguinolent. Un carton à l’international mais un gros flop en France. Personne n’avait envie de voir ces versions cheap de films américains super bien faits. Progressivement, de nouvelles tentatives naissent, dont la notre. Je ne dis pas que c’est mieux, mais c’est différent.
Le Village des ombres de Fouad Benhammou; Avec Christa Theret, Bárbara Goenaga, Ornella Boulé... Sortie le 17 novembre 2010.
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EN CHIFFRES
- 2006: naissance du projet.
- 36 jours: durée du tournage.
- 1,5 millions d’euros: budget du film (11 millions d'euro pour Bienvenue chez les Ch'tis)
- 4: nombre d’années consacrées par Fouad Benhammou au Village des ombres.






















