Faire rire sur le conflit israélo-palestinien n’est pas toujours évident. Pourtant, lors de la projection en avant-première du documentaire "Blagues à part"* de Vanessa Rousselot, à l’Institut du Monde Arabe, les "co-producteurs" - le terme est vide de son statut juridique - semblaient conquis. Ce film de 52 minutes part à la recherche de l'humour palestinien, un humour pimenté d'Intifada, de violence, de partage de territoire... Mais au-delà du traitement original de ce conflit, ce documentaire recèle une autre caractéristique: il a été, notamment, financé par des internautes.
Visionnez la bande-annonce de "Blagues à part":
Via le site Internet
Touscoprod, "Blagues à part" a reçu 25.000 euros de la part de 419 internautes, sur les 130.000 euros nécessaires à sa production.
"Le secteur du documentaire est un secteur fragile, explique Edward Gubbins, producteur à
éO Productions, producteur de "Blagues à Part".
Il faut imaginer de nouvelles sources de financement minimum pour le fabriquer. Et cela est particulièrement difficile en ce moment."
L’internaute, nouvel attaché de presse?
Partir à la recherche de l'humour palestinien, une thématique qui n'entre pas forcément dans une grille de programme classique. Avec Virginie Meunier, son associée, ils ont décidé de se tourner vers Touscoprod. La plateforme, alors, ne proposait que des fictions. Pourtant, Nicolas Bailly, le directeur du site Internet lancé en 2009, a accepté le projet, séduit lui aussi par son originalité.
"Ce documentaire était capable de créer une communauté autour de lui. Nous recevons près de 15 propositions par mois, et n’en sélectionnons que deux ou trois à partir de trois critères: artistique, économique et communautaire", explique-t-il.
La plateforme n'est qu'une interface dont le véritable intérêt est l’implication future des internautes qui pourront alors se transformer en micro-attachés de presse et vendre -ou faire vendre- autour d'eux, le projet. "L'envie de voir d'autres films, de découvrir autre chose" était souvent le leitmotiv des donateurs interrogés lors de la projection privée du 27 octobre.
Outil supplémentaire de financement
"Ces plateformes sont un outil complémentaire, pas un outil de financement en soi, explique Vincent Ricordeau, directeur de
KissKissBankBank.
Le documentariste récolte ainsi ses premiers euros et pourra présenter son projet aux producteurs et chaines de télévision plus facilement".
Sur KissKissBankBank, les documentaires ont du mal à se faire une place. Seul le budget de "
Paroles de conflit", le webdocumentaire de
Raphaël Beaugrand a été bouclé. Il a récolté 18.000 euros via 155 "kissbankers" en 120 jours. Sur Touscoprod, en revanche, plusieurs documentaires ont vu le jour, dont "
Fin de concession" en salle en ce moment, qui a levé plus de 27.000 euros.
Bien loin des modèles américains
Des sommes importantes, selon les professionnels du secteur, mais qui paraissent dérisoires à côté de celle levée par la britannique Franny Armstrong pour son docu-fiction, "
The Age of Stupid". En 2009, la réalisatrice a créé son propre site Internet pour récolter la coquette somme de 450.000 livres, soit plus de 500.000 euros, et financer son projet.
Un tel niveau de dons récoltés outre-Manche semble difficilement atteignable en France. Touscoprod a levé 500.000 euros depuis 2009, tous projets confondus. De son côté, KissKissBankBank, lancé en mai 2010, a récolté 150.000 euros. Tout comme leurs homologues américains, les deux plateformes prélèvent une commission pouvant varier entre 10% et 15% des dons versés. A titre de comparaison,
Kickstarter réunissait à son lancement en 2009 un million de dollars en trois mois, soit plus de 700.000 euros.
"Ce n’est surtout pas dans les mentalités françaises, résume Vincent Ricordeau. Aux Etats-Unis, comme en Angleterre, le secteur privé finance plus facilement des projets créatifs. En France, on a la même envie de créativité, mais les internautes ne sont pas habitués à être sollicités".
*"Blagues à Part" sera diffusé sur Planète, la TSR en Suisse et Radio Canada.