Pour contrecarrer les clichés, des réflexions s’engagent entre instances religieuses et chercheurs. Selon Saad Abssi, cofondateur avec le Père Jondot d’Approches 92 et de Mes-tissages, «les intellectuels, en apportant un savoir spécifique, sont indispensables pour faire évoluer les débats». Mais Jean Mouttapa, éditeur chez Albin Michel-Spiritualités, souligne les limites du dialogue qui «se concentre sur ce qui semble similaire, sans oser aborder les oppositions. On a peur de dévoiler ses propres contradictions. L’idéal serait de se présenter à l’autre dans sa complexité pour, ensuite, être amené à travailler ensemble».
Jamila constate, suite à plusieurs rencontres interreligieuses, que «la parole a du mal à se libérer. Nous restons, lors de ces manifestations, dans une politesse de principe alors que les tensions internationales sont vives et les incompréhensions tenaces. Un exemple: juifs et musulmans n’ont pas osé critiquer publiquement l’omniprésence du décès du pape dans les médias… Ce n’est pas un vrai débat: les problèmes qui font mal sont généralement éludés».
Ainsi, aucun échange entre juifs, chrétiens et musulmans n’a abouti à une totale reconnaissance des mariages mixtes. Le traitement de cette question relève plus de l’assistance aux couples en difficulté, dans leur propre relation ou face à leurs familles, en évitant des prises de position dérangeantes.
Pour beaucoup, l’urgence réside dans la rencontre entre individus. Les Scouts musulmans de France privilégient l’action aux longs discours. Pour Karim Chayeb, directeur de la communication, «les activités donnent un sens concret à la fraternité. Le Bus de l’amitié, par exemple, favorise le rapprochement judéo-musulman. Il circule dans les villes et s’arrête pour animer des réunions dans les quartiers défavorisés, en collaboration avec des associations juives et musulmanes. La rencontre n’est pas centrée sur la religion. Il faut laisser le temps à chacun de découvrir l’autre en favorisant les affinités».
L’association Mes-tissages, située dans la ZUP de la Caravelle, rassemble des femmes musulmanes et chrétiennes. Mais les actions sur le terrain n’ont pas de visibilité à l’échelle nationale car elles agissent sans coordination et sont peu médiatisées, alors que les tensions le sont, elles, largement.
Un rapprochement entre religions au cœur de la société est encore loin d’exister pleinement. «Les institutions religieuses s’occupent davantage du cultuel, ce qui ne les prive pas d’intervenir à nos côtés dans la lutte antiraciste», précise Benjamin Aptan, ancien président de l’UEJF (Unions des étudiants juifs de France).
Certains laïcs, toutefois, n’estiment pas que la collaboration avec les religieux soit nécessaire. Bien que détenteurs de valeurs humanistes communes, une barrière se dresse parfois entre eux. Cette absence de dynamique n’encourage pas, elle non plus, le dialogue interconfessionnel.
Photos : Zabou Carrière























