A combien s’élèvent les dons pour le Pakistan ?
A ce jour, plus d’un million et demi d’euros. On devrait atteindre deux millions prochainement. La fête de l’Aïd-El-Fitr (ndlr: fin du mois de Ramadan) a été un levier non négligeable mais c’est surtout l’ampleur du désastre qui explique la mobilisation des donateurs.
Sur le terrain ?
On travaille en partenariat avec deux ONG locales : Aghaz et Peace & Development Foundation. Avec elles, nous avons pu rapidement évaluer les besoins. Depuis le début de la crise, le SIF a réalisé 4 opérations de distribution de denrées alimentaires (riz, huile, sucre, farine, lentilles) sur trois régions. La semaine dernière, un nouveau convoi de cinq tonnes d’aide alimentaire a été envoyé. Une aide exclusivement financée par les dons de particuliers. En parallèle, on a un projet d’assainissement, d’accès à l’eau potable et de distribution de kits d’hygiène, avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE).
Comment expliquez-vous cette difficulté à lever des fonds ?
La crise n’est pas médiatisée. Les « reportages » sur le Pakistan ne durent jamais plus d’une minute. On nous montre seulement des sinistrés qui se disputent une assiette de riz ! Les médias continuent à perpétuer ce cliché de « peuple sauvage ». Le Pakistan a une mauvaise image - terrorisme, talibans, ect. Il faut appréhender tous les pays de la même façon, indépendamment de leur contexte politique. A ce moment, on arrivera à interpeller l’opinion publique. Je déteste hiérarchiser les populations mais les séismes en Haïti ont bénéficié d’une médiatisation bien plus large. France 2 avait lancé un spot, le monde du spectacle était mobilisé, organisait des concerts. Pour les inondations au Pakistan, on peine à trouver des artistes...
Un silence médiatique propre à la France ?
Complètement. La mobilisation européenne la plus forte vient d’Angleterre car l’histoire des deux pays est liée. Mais il suffit de regarder les chaînes d’infos étrangères pour constater qu’elles font des focus sur la crise pakistanaise.
Et les ONG ? Pourquoi ne parviennent-elles pas à mobiliser la population ?
Cette année, tous les fonds d’urgence ont été débloqués pour Haïti. Exceptées quelques ONG, la majorité des associations dépend des fonds institutionnels (délivrés par le gouvernement) et des donateurs. Malgré leurs appels, les Nations Unies n’arrivent pas à débloquer de fonds de la part des Etats. La situation est donc plus ou moins bloquée.
Cet été, vous affichiez dans le métro parisien le slogan “La souffrance n’a ni origine ni religion ni genre et la solidarité non plus”…
Nous cherchions une façon de nous présenter au grand public. L’appellation « Secours islamique » est souvent associée à des amalgames sur l’islam. On peut être une association humanitaire avec des valeurs musulmanes. Ce n’est pas antagonique. On voulait le prouver à travers ce slogan qui rappelle des valeurs universelles. Quant à notre nom, il est très clair : Secours car on porte secours aux populations. Islamique car nos valeurs s’inspirent des valeurs humaines de l’islam, qui placent l’individu au centre de ses préoccupations. Nous réalisons aussi des projets humanitaires autour des temps forts de l’islam. distribution de repas pendant le Ramadan, sensibilisation sur le devoir de la Zakat Al Maal, l’impôt sur la richesse ect. France car notre savoir faire est français.
Comment expliquez-vous que le SIF soit peu connu des Français ?
C’est en partie dû à un manque de communication vers le grand public. Par ailleurs, les médias ne nous aident pas. Exemple: Malgré notre intervention en Haïti, nous n’avons pas eu de grande couverture médiatique. D’autre part, nos actions ne sont pas assez sensationnelles pour les journalistes. Le seul communiqué de presse repris par les médias l’année dernière était une annonce à l’occasion du renforcement des maraudes durant les fêtes de Noël. Un journaliste m’a appelé pour avoir plus d’explications sur ces opérations. Etonné qu’il n’y ait rien de « musulman » dans notre action, il m’a dit ne pas vouloir faire d’article car notre action était similaire à celle de la Croix Rouge ! Un proverbe congolais dit que « l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse ». Le fait musulman en France se résume actuellement à ce proverbe.
Pourquoi communiquer seulement maintenant ?
Le SIF arrive à maturité. Je trouvais un peu gênant de ne jamais avoir communiqué envers le grand public avant de lancer une grande campagne pour nos 20 ans (en 2011). Par ailleurs, cette campagne est la première étape d’une communication moins communautaire et plus affinitaire. On voit régulièrement des pub d’ONG dans les transports en commun. L’aspect confessionnel des publicités du Secours Catholique ne choque personne. Pourquoi pas le SIF ? Nous sommes comme les autres.
EN SAVOIR PLUS
Secours Islamique en France :
ONG de solidarité internationale à vocation sociale et humanitaire. A Saint-Denis (93), ouverture d’ une épicerie solidaire, où les produits sont vendus à 10% de leur prix, à tout type de public, musulmans ou pas. Opérations de maraudes sociales - également dans le 93 - durant toute l’année. Sur le même principe que celles de la Croix Rouge. Dès 2011, le SIF prévoit de s’implanter dans d’autres villes : Lyon, Marseille, Bordeaux et Lille.
Secours Islamique France à l’International
Le SIF à des bureaux dans une vingtaine de pays ; il agit beaucoup dans des situations d’urgence. Domaines d’actions : l’eau (accès à l’eau potable et assainissement) ; tout ce qui touche à la sécurité alimentaire et à la nutrition ; sensibilisation à l’hygiène pour les populations victimes de catastrophe naturelles. Au Tchad, grand projet de forage. Dès novembre, les équipes du SIF vont forer 120 puits. A Madagascar, collaboration avec l’UE pour rendre les populations autonomes. En Haïti, l’ONG apporte son expertise sur l’eau. A Gaza, l’ONG distribue des gâteaux vitaminés pour les enfants qui souffrent de malnutrition, entre autres.





















