Témoignage I Par Zohra BITAN, conseillère municipale à Thiais (94)
Au pied de l’immeuble, des habitants, des jeunes, et en particulier, mon fils, Omar, 25 ans, professeur des écoles, s’est montré agressif et a invité la presse à repartir immédiatement.
Je suis arrivée sur les lieux peu de temps après et ai été avisée de la fin de non recevoir que les habitants ont opposé aux représentants de la presse.
Cette démarche inhabituelle et quelque peu excessive venant des habitants de ce quartier – et en particulier de mon fils – a donné lieu à un échange constructif entre tous les acteurs : presse, habitants et moi-même en tant que conseillère municipale, tête de liste lors des dernières élections.
La réaction d’Omar et des habitants de l’immeuble est à justifier.
Elle doit être comprise. Par la presse en premier lieu et, bien évidemment, par tous ceux qui ne voient « les quartiers » que comme des espaces de violence, de violence entre jeunes, envers les plus faibles, envers la presse, envers les fonctionnaires de police ou bien les pompiers. Comme si ces quartiers dits sensibles n’étaient que des réservoirs à délinquance !
Pourquoi donc empêcher les journalistes de faire leur métier ?
Parce qu’Omar est une des victimes. Pas uniquement des relais presse qui - à son goût - enchaînent de trop ces faits de violences dans les quartiers, mais de la stigmatisation que cela entraîne pour lui et pour la majorité.
Omar déclare souffrir d’une suspicion permanente dans sa vie quotidienne, dans son métier, dans ses loisirs, dans ses démarches administratives et autres.
Omar est professeur des écoles et dès la rentrée, dans les couloirs, on le prend pour le nouveau surveillant ; Directeur adjoint de séjours de vacances, les blagues fusent dès que l’ambiance se détend. Quant aux discothèques, il y a renoncé depuis longtemps.
Le parcours d’un citoyen comme les autres, pas traité comme tous les autres.
La violence d’une minorité cause de grandes souffrances à une majorité. Alors quand la presse vient faire son travail, qui entraîne forcément une amplification du phénomène par l’opinion publique, il est logique qu’Omar tente d’empêcher qu’huile sur le feu soit mise.
C’est douloureux et dur à porter pour un jeune qui a depuis longtemps intégré la République, ses valeurs, fait corps avec la société en vivant une vie tranquille et respectueuse. Et pour quoi? Pour se faire renvoyer à un statut officieux basé sur son faciès.
C’est aussi un travail de chaque instant pour une maman, issue de la première génération de l’immigration, d’encourager ses enfants à persévérer dans cette société, à y creuser leur place dans la dignité, le respect et la reconnaissance.
La presse vient faire son travail et Omar leur propose d’en faire un autre ; celui de parler de celles et ceux qui comme lui, majoritaires, ont des vies ordinaires, de Français étudiants, salariés, parents et qui se battent au quotidien pour faire de leur vie une vie qui vaut le coup…
Chaque fois qu’une violence est commise dans les quartiers, qu’elle est mise en lumière par les médias à qui je ne peux reprocher d’appréhender ce phénomène de notre société, c’est tout un pan de notre jeunesse pour qui s’ajoutent des handicaps, du rejet, et de la souffrance.
Le problème de la violence n’est pas celui des quartiers. C’est celui de la misère sociale d’une part et du manque de réactivité des pouvoirs politiques d’autre part.
Le problème des quartiers n’est pas la violence mais la stigmatisation dont ils sont victimes.
Enfin, l’information donnée au plus grand nombre devrait présenter la réalité de la majorité puis, dans un second temps, les faits minoritaires.
Photo : FlickR/Jordan Prestrot






















