Tribune I Par Mabrouck Rachedi, écrivain
On m’a vanté le modèle républicain dispensateur de liberté, d’égalité, de fraternité. On a même prétendu que j’étais un Français comme un autre à partir du moment où j’avais la nationalité française.
Mais vendredi, en dénonçant « cinquante ans d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à mettre en échec l’intégration », Nicolas Sarkozy a proposé que « La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique». Dimanche, Brice Hortefeux a renchéri en évoquant l’extension de la déchéance de la nationalité aux cas d’excision, de traite d’êtres humains ou d’actes de délinquance grave. La boîte de Pandore est ouverte. S’en trouvera-t-il bientôt un plus hargneux pour étendre ce dispositif pour tous les crimes, puis pour tous les délits, puis pour toutes les infractions, puis sans aucune autre raison que de distinguer les populations ?
Si une telle législation était votée, il y aurait de fait deux catégories de citoyens hexagonaux : les Français en sursis et les « vrais » Français. Le Français en sursis, d’origine étrangère, auquel la justice accorderait moins de droits et plus de devoirs, ne serait pas soumis à la même règle que le « vrai » Français.
Il serait alors intéressant de savoir à partir de combien de générations un Français serait destituable de sa nationalité. Faudrait-il être né en France ? De sang français depuis une, deux, cinq, cent générations ? Un Français d’origine mi-australienne mi-colombienne serait-il rendu à sa supposée nationalité australienne ou colombienne ?
Heureusement, il existe une Constitution. Que dit l’article premier ? « La France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Heureusement, il existe des traités de loi internationaux. Que stipule l’article 15 de la Déclaration Universelle des droits de l'homme ? « 1. Tout individu a droit à une nationalité. 2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité ». Nicolas Sarkozy, d’origine hongroise, sera-t-il déchu de sa nationalité s’il viole des textes de lois fondamentaux ?
Eric Besson avait dit du grand débat sur l’identité nationale qu’il devrait « permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration». Pour redorer le sentiment d’appartenance nationale, il avait alors proposé que « tous les jeunes Français aient une fois dans l’année l’occasion de chanter la Marseillaise ». Demandera-t-on aux Français d’origine étrangère de chanter moins fort que les Français proclamés « de souche » ?





















