En deux ans, tout a changé. Depuis le congrès de Mexico, en 2008, les pays donateurs ont réduit leur contribution à la lutte contre le sida pour cause de crise. Pourtant, en 2006, les chefs du gouvernement du G8 s’étaient promis de tout mettre en œuvre pour rendre universel l’accès aux traitements contre le VIH en 2010. On en est loin.
Guillaume Bonnet, porte-parole de Médecins sans frontières (MSF), estime qu’ « on a besoin d’une véritable volonté politique. Il est urgent d’augmenter les financements pour permettre aux 10 millions de personnes qui n’ont toujours pas accès aux trithérapies d’en bénéficier ! On se doit de trouver des moyens quand des vies sont en jeu. Nous avons déjà constaté sur le terrain les conséquences néfastes du retrait des bailleurs de fonds ». MSF rappelle que le Fonds mondial pour le sida a permis de mettre 2,5 millions de patients sous traitement. Une belle avancée. Qui reste fragile.
La pandémie progresse de manière inquiétante en Europe de l’Est et en Asie orientale. Particulièrement en Ukraine, en Russie, en Chine, en Malaisie et au Vietnam où le nombre de porteurs du VIH a doublé en dix ans. Selon un rapport paru en juillet 2010 dans The Lancet, sur les 3 millions de personnes infectées dans ces pays, la moitié seraient des toxicomanes par intraveineuse. Les auteurs pointent du doigt les politiques répressives des gouvernements et prônent une prise en charge médicale des consommateurs de drogues.
En écho, plusieurs scientifiques – dont Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine et co-découvreuse du VIH – ont lancé dans Le Monde un appel à cesser la « guerre contre la drogue ». Une idée qui commence à émerger avec la volonté de certains hommes politiques et responsables associatifs d’expérimenter des salles de consommation de drogues à moindre risque (voir encadré plus bas), à Paris.
Des traitements efficaces
Malgré ces difficultés, les participants soulignent que les traitements antirétroviraux sont de plus en plus efficaces, même si les patients doivent encore en changer tous les cinq ans. MSF rappelle que « ces traitements améliorés sont toujours sous brevet, ce qui les rend inaccessibles aux patients les plus pauvres. Il faudrait pouvoir en faire des génériques ».
La bonne nouvelle : une équipe de chercheurs a présenté un microbicide, soit une sorte de gel vaginal, qui réduirait de 40% le risque de transmission du virus chez les femmes. « Enfin, un moyen de prévention disponible pour les femmes ! » a réagi le Professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS). Mais l’égalité face à la prévention n’est pas encore une réalité. Au-delà du préservatif, la circoncision réduit de 60% les risques d’infection... pour les hommes.
Après une semaine riche en débats mais plombée par la question financière, scientifiques, médecins, responsables associatifs attendent avec anxiété deux grands rendez-vous. Le sommet des chefs d’Etat à l’ONU sur les objectifs du millénaire, en septembre. Et la réunion du Fonds mondial de lutte contre le sida, en octobre. Son directeur, Michel Kazatchkine, annoncera les sommes mises à sa disposition pour la période 2011-2013. Il espère 20 milliards de dollars (15,5 milliards d’euros). Pas gagné…
Des salles de consommation de drogues à moindre risque bientôt en France ?
Le 19 juillet 2009, sept associations en faveur des salles de consommation à moindre risque (SCMR) – Asud, Act Up Paris, Anitea, Gaïa Paris, Safe, Salledeconsommation.fr et SOS Hépatites Paris – organisaient la visite d’une salle de conso installée dans les locaux d’Asud. Depuis, le Conseil de Paris et le Conseil régional d’Ile-de-France ont financé une commission d’expertise, menée par l’association Elus, Santé publique et Territoires (ESPT). Elle doit rendre ses conclusions à la rentrée.
Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), « les salles de consommation sont des espaces, encadrés par des professionnels, qui offrent aux usagers de drogues un cadre d’usage sécurisé, en dehors des lieux publics, où ils peuvent consommer dans des conditions d’hygiène acceptables. L’accès est restreint aux porteurs d’une carte d’admission. Les usagers occasionnels ou débutants en sont exclus ainsi que les mineurs. Le deal est totalement prohibé. Par ailleurs, les usagers doivent respecter un certain nombre de mesures d’hygiène et de sécurité et le personnel n’est pas tenu d’aider à l’administration des substances. Parmi le personnel d’encadrement, il existe des travailleurs sociaux, des infirmiers(ères), du personnel médical ou tout autre professionnel formé pour répondre à des situations d’urgence sanitaire chez les usagers de drogues. Il est important de ne pas confondre les salles de consommation avec les scènes ouvertes d’injection ni avec les programmes d’héroïne médicalisées où le produit de consommation est prescrit par l’équipe médicale».
Objectifs : «prévenir les dommages liés aux drogues pour l’individu lui-même (maladies, marginalisation…) mais aussi pour la communauté (usage de drogues dans les lieux publics, deals)»
La première salle de consommation implantée en Europe remonte à 1986, à Berne (Suisse). En 2003, la Suisse, les Pays Bas, l’Allemagne, l’Espagne mais aussi le Canada et l’Australie avaient adopté ce type de mesure. On comptait 72 salles de consommation dans 39 villes européennes.
En 2009, les salles de consommation existent dans six pays européens : le Luxembourg et la Norvège se sont joints aux pays pionniers.
Selon une note de l’OFDT, «les études mettent en évidence que les bénéfices attribués aux salles de consommation dépassent les craintes initialement évoquées».
(Source : Ofdt.fr)






















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