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Tsiganes : une souffrance enfin prise en compte

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26 Juillet, 2010
Par: Coraline Bertrand

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la communauté tsigane se bat pour que la France assume la reconnaissance de l’internement d’environ 6 500 Bohémiens sous le régime de Vichy. Le 18 juillet dernier, les choses ont enfin bougé.

« On harcelait le ministère depuis deux ans ! », plaisante à moitié Eugène-Alain Daumas, 58 ans, président de l’Union française des associations tsiganes (UFAT). Invitées pour la première fois aux commémorations de la rafle du Vel d’Hiv – aux côtés de Simone Veil, présidente d’honneur de l’Union des déportés d’Auschwitz et Richard Prasquier, président du CRIF – des personnalités tsiganes se sont associées au malheur et à la douleur du peuple juif.

« Nous avons subi le même type de souffrance, de persécution. En Europe, plus de 2 millions de Tsiganes ont été exterminés (ndlr : les chiffres officiels évoquent 250 000 à 500 000 victimes). Le discours d’Hubert Falco, secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants, m’a beaucoup ému. Le gouvernement a enfin reconnu l’internement de nos parents et grands-parents ! C’est tout ce qu’on voulait. On ne revendique ni indemnité ni pardon », explique Eugène-Alain Daumas, lui-même fils de Tsiganes, internés près de Toulouse.

Maintenant que l’Etat a officiellement admis avoir parqué plus de 6 000 hommes, femmes et enfants Tsiganes, « nomades » ou Bohémiens dans une trentaine de camps misérables, entre 1940 et 1946, l’étape suivante consistera à en parler dans les manuels d’histoire. Inauguration de plaques et monuments commémoratifs, partenariat avec l’Education nationale, interventions dans les écoles… les associations ont prévu de nombreuses actions.

Pourtant, malgré ce type d’avancées, les gens du voyage ne sont toujours pas considérés comme des Français à part entière. En 2010, ils ne possèdent pas de véritable carte d’identité mais seulement un titre de circulation, à renouveler tous les trois mois. « Notre peuple a des origines obscures, ce qui a toujours éveillé la méfiance. Les autorités ne savent pas quoi faire de nous. On veut nous sédentariser mais on ne peut stationner que quinze jours sur les terrains. Beaucoup de mairies refusent d’ailleurs de nous en louer… et on doit quand même scolariser nos enfants ! », s’indigne le responsable associatif. Qui veut tout de même croire que cette reconnaissance officielle amorcera un processus visant à limiter les préjugés.

Des préjugés qui, selon l’historienne Marie-Christine Hubert, ont toujours existé. Les Tsiganes « ont été réduits en esclavage en Roumanie, mis aux galères en France et déportés dans les colonies en Angleterre. Ils étaient persécutés parce qu'ils étaient différents : par leur apparence, leur mode de vie, leur culture. Les Nazis entreprirent de les exterminer jugeant qu'ils étaient indignes de vivre dans la nouvelle société qu'ils s'apprêtaient à construire au motif qu'ils étaient des asociaux irréductibles », écrit l’intellectuelle sur un site dédié à cette mémoire collective. Aujourd’hui, les Tsiganes demandent à vivre en paix. Sans discrimination.

http://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr

Photo : Denis Mercier "Swing"


Une mémoire française. Les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-1946 

Le programme « Une mémoire française. Les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-1946 » propose de janvier à décembre 2010, des événements culturels dans la France entière. Objectif : faire connaître à un large public la spécificité du traitement des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale, ses origines ainsi que le contexte plus général du génocide tsigane en Europe. Il s’agit de porter à la connaissance du plus grand nombre ces faits trop souvent occultés et de rendre hommage aux victimes. En savoir plus

 
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