Votre association, Le Refuge, porte bien son nom?
On met à l’abri des jeunes fragilisés. Chez nous, ils se sentent en sécurité. Ils bénéficient d’un accompagnement social, médical et psychologique d’un mois, renouvelable. Ils peuvent aussi être logés temporairement dans une de nos 12 structures d’accueil. Ensuite, nous les aidons à trouver un appart et un job.
Vous recevez 300 demandes par an…
Un chiffre en constante augmentation ! Certes, l’association est mieux connue mais il y a beaucoup plus de souffrance et de problèmes qu’on ne l’imagine. Chaque cas est étudié par une commission d’admission composé d’un travailleur social et d’un psy. Ils évaluent l’urgence de la situation : jeune SDF, en grande souffrance morale, menacé... S’il ne peut être accueilli, le jeune est orienté vers d’autres associations qui le prendront en charge. De toute façon, nous restons en contact avec lui.
Les témoignages recueillis par Jean-Marie Périer sont hallucinants (mise à la rue, drogue, prostitution, menaces de morts, insultes, coups…). S’agit-il des cas les plus graves?
Le livre est représentatif de la situation. Jean-Marie a su écouter les filles et les garçons présents au Refuge, bien qu’il n’ait aucun lien avec le milieu gay. Célèbre photographe des années 1960, il a découvert notre association dans la presse. En tant que père de famille, ce que subissaient ces ados l’a choqué. D’où l’idée d’en faire un livre et de se servir de sa notoriété pour alerter le grand public. Ces histoires, il ne les a ni inventées ni exagérées…
Pourquoi une telle violence dans la réaction de ces parents?
Ils ne sont pas du tout préparés à l’homosexualité de leur enfant. C’est un choc. Il n’y a pas d’explication toute faite. On note quand même le poids des religions, quelles qu’elles soient. Mais contrairement à une idée reçue, l’homophobie touche toutes les classes sociales. Elle n’a rien à voir avec le niveau d’études. En ce moment, le père d’un de nos jeunes est avocat.
Le Refuge propose des médiations familiales. Comment ça se passe?
L’ado doit en faire la demande. Souvent, on remarque une vraie souffrance du côté des parents. Ils s’en veulent d’avoir rompu le lien, ils regrettent. Nos résultats sont plutôt positifs : dans un cas sur trois, en moyenne, le contact est renoué et le jeune rentre chez lui. On compte aussi sur la famille élargie.
Votre message aux parents?
L’homosexualité n’est pas un choix. Elle est parfois même subie et source de mal-être.
Un avis sur la Gay Pride?
Nous refusons d’y participer. Même s’il faut reconnaître qu’elle redevient plus revendicative après s’être laissée déborder par le folklo. La Gay Pride cristallise l’attention des médias alors que l’homophobie, on la combat toute l’année ! On constate d’ailleurs un durcissement. Les actes homophobes augmentent.
Comment faire évoluer les mentalités?
Par l’éducation. En multipliant les interventions dans les collèges, les lycées et en formant les personnels éducatifs. Deux actions pour lesquelles nous avons récemment obtenu l’agrément du ministère de l’Education.
Des projets?
6 nouvelles places d’hébergement à Vitry-sur-Seine, en région parisienne. A Lyon, nous avons commencé à mettre en place une équipe de bénévoles. A terme, nous souhaitons obtenir 12 places d’accueil à Vitry, Marseille et Lyon (ndlr : comme à Montpellier).
Casse-toi ! de Jean-Marie Périer, Oh ! Editions, 165 pages.
Association Le Refuge, 2 rue Germain, 34000 Montpellier. 06 31 59 69 50. Paris : 06 50 08 94 53. Marseille : 06 60 07 15 56.
http://www.le-refuge.org





















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