19h30. L'ambiance est calme. Pas pour longtemps ! Les danseurs s'échauffent... en jouant au foot. Petit à petit, les préparatifs s'accélèrent. Enfin, le groupe entre en scène. Tenues traditionnelles de rigueur: keffiehs pour les garçons, robes et voiles colorés pour les filles. La musique retentit et c'est parti ! Aywa* ! Le public applaudit, filme, photographie. « Ca ressemble à de la danse bretonne! » s'étonne Marilyne, 24 ans.
La dabké est la danse emblématique du Proche-Orient. Rares sont les mariages qui se déroulent sans ! Comment la décrire ? Assez rythmée, elle peut faire penser aux danses grecques voire celtiques.
Mais pour la troupe, danser représente plus : « C'est notre langue pour parler au monde ! » affirme Majd, 17 ans. « Nous voulons montrer que les Palestiniens sont comme les autres, qu'ils aiment danser, s'amuser. Nous ne sommes pas des terroristes ! » lance Mohammad. Cet étudiant de 21 ans est aussi l'un des profs de danse de la compagnie. Les tournées de Masha'el Falestine sont pour lui l'occasion de réaffirmer une identité palestinienne: « Israël vole notre culture ! Il y a maintenant des versions israéliennes du keffieh ou de la dabké ».
Pour les jeunes, faire partie du groupe signifie aussi sortir du camp et découvrir l'Europe. Histoire de faire un break avec l'occupation. Depuis 2006, les organisateurs essaient d'emmener des enfants différents à chaque voyage. « Pour qu'ils découvrent la liberté ».
Un parcours du combattant. Le seul aéroport en Palestine a été fermé par Israël et se trouve à Gaza. La troupe, de Naplouse, n'a pas le droit de s'y rendre, ni d’accéder à l'aéroport le plus proche: Tel-Aviv. Elle doit aller à Jéricho, passer la frontière jordanienne, direction Amman, point de départ pour le continent européen. Taxes de sortie du territoire israélien (même si la frontière est en territoire palestinien), taxes d'entrée sur le territoire jordanien, transports, hôtel à Amman: l'addition est lourde. Quant aux billets d'avions, ils sont pris en charge par les associations.
Au final, les jeunes ne regrettent pas leur voyage: « J'aime venir en Europe. Ici, on peut aller d'un pays à l'autre sans problème, sans frontières. Chez nous, il y a des checkpoints pour aller de ville en ville », déclare Mohammad. Quant à Majd, elle se réjouit « de l'accueil français, de la grande liberté et de ne pas avoir peur ».
* équivalent arabe de yeah !
Photos : Darnel Lindor





















