26 juin 2010, 22h30. Dans les loges de Solidays, Leo fait des roulades devant l’écran plasma : l’Argentine vient de se qualifier en quart de finale de la Coupe du monde de foot. « Je ne regarde plus la télé depuis des années, mais là, c’est un événement ! L’occasion de vivre un moment qui fédère des gens dans le monde entier », commente le leader de Che Sudaka.
Quelques heures plus tôt, sur la scène du deuxième plus grand festival de France, l’heure était aussi à la fête et au partage. Devant des milliers de personnes, le groupe a déchaîné les foules. « Ne me demande pas pourquoi, mais quand on joue en France, la réaction est toujours incroyable ! indique Leo. On dit les Français égocentriques, fermés, mais je vois dans la jeunesse de ce pays une curiosité, une énergie, qui pourrait changer la donne. »
Si la France tient une place particulière dans l’univers des Che Sudaka, c’est aussi grâce à Radio Bemba (1). « Quand on a débarqué, sans papiers, à Barcelone, Gambeat et Manu Chao sont parmi les premières personnes qu’on a rencontrées. Ils nous ont donné un coup de main. Des frères ! Ils nous ont appris un mot, qui existe en espagnol mais n’est jamais utilisé : "efficace"… Gambeat n’est pas juste le producteur de nos albums, il l’est un peu de nos vies ! »
Né dans la rue, le groupe s’impose aujourd’hui sur la scène internationale. Espagne, Allemagne, Scandinavie, Europe de l’Est… Pied de nez à tous ceux qui pensaient que ces Sudaka-là n’étaient destinés qu’à gratouiller la guitare sur un bout de trottoir ! « Sudaka est le nom péjoratif donné par les Espagnols aux migrants latino-américains, explique Leo. On en a fait un étendard. Ceux qui l’emploient nous font de la pub ! »
Sorti en novembre dernier, primé en Espagne, Tudo é possible a grimpé à la quinzième place du World Music Charts Europe. « On a voulu ce quatrième album résolument positif. La réponse du public a surpassé nos espérances. Preuve que les gens ont besoin de ce type d’énergie ! Le monde est ce qu’il est, la réalité actuelle est triste à pleurer, mais il faut continuer à croire au changement. » Et à militer pour le lien social, la place des minorités, l’action citoyenne, la conscience individuelle, l’être plutôt que l’avoir… « Je fais de la musique pour transmettre une onde et faire réfléchir. Nos chansons sont comme des instantanés, la photo d’un ressenti, d’une idée. »
DIgnes héritiers de la Mano Negra, le groupe pète aussi les cadres des formats musicaux. « Rock, folk, ska, reggae, rumba, hip hop : on a toujours mixé les sons qui venaient à nous. On le fait désormais avec plus de conviction, pour que ça sonne bien. »
Che Sudaka, fer de lance d’une identité urbaine et métissée ? « Je ne sais pas si c’est une identité, mais c’est une manière de vivre ! rétorque Leo. La rue est notre essence. Plus les années passent, plus je suis persuadé que c’est une formidable école de vie. Si tu te prends pour un super héros, sors de chez toi, frotte-toi au monde, aux gens ; tu te diras vite : "quel con je suis !" Moi je me le dis tous les jours, et ça me rend heureux ! La route nous a déjà beaucoup apporté. Notre but : continuer à tracer notre chemin, fidèles à la dynamique qui nous guide depuis des années.» On parie qu’ils vont aller loin ?
Web officiel : www.chesudaka.com
Dates de concerts en France : www.myspace.com/chesudakafrance
UN ALBUM DEDIE A…
Johnny Cash. « Mon frère (2) et moi avons découvert sa musique récemment. En écoutant ses chansons, on s’est rendu compte qu’il partageait nos thèmes, nos inquiétudes. On s’est sentis très proches de lui. Pour nous ce n’est pas un artiste country, mais un artiste tout court ! Quand je conduis, j’adore mettre Johnny Cash ; c’est une fabuleuse musique de route. »
Eduardo Galeano. « Cet Uruguayen est selon moi l’historien le plus actuel d’Amérique du Sud. Son approche de l’histoire du continent offre un éclairage nouveau, une vision différente de celle, dépassée et unidirectionnelle, portée par les livres traditionnels. Eduardo Galeano a été le premier à me donner envie d’étudier. »
(1) Groupe de Manu Chao, ex-leader de la Mano Negra, dont Gambeat est le bassiste. (2) Kacha, autre pilier de CHe Sudaka.























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(1) : disponible prochainement