"J’ai découvert Pouchkine par hasard à la bibliothèque de la ville de Caen, explique Ewan Lobé Jr. Je suis tombé sur sa biographie que j’ai découverte avant son œuvre. J’ai appris que c’était le père des lettres russes, qu’il était un grand poète. Ses origines africaines m’ont fasciné : Comment pouvait-on être d’origine africaine en Russie à cette époque ?"
Méconnues ou méprisées, ces racines africaines sont pourtant réelles, et assumées par le poète russe. Son aïeul nègre, Hannibal, hante la pièce presque autant que Pouchkine, comme le révèle ses dialogues - surtout avec Sophia, sa maîtresse qui entend lui faire assumer cette ascendance, en l’aidant à rejoindre ses frères noirs dans la lutte contre l’esclavage.
"La petite fille d’Hannibal était la mère de Pouchkine. Il n’a jamais vu l’Afrique, mais il en a toujours rêvé. Alexandre Dumas est un peu notre Pouchkine. Ces auteurs ont subis le racisme à leur époque et ça continue encore aujourd'hui. Leurs racines ont été cachées. Etre noir n’est pas forcément un avantage dans les sociétés européennes. Je tenais à ce que ce soit dit."
La démarche d’Ewan Lobé Jr n’est pas uniquement historique. Il entend puiser dans les faits de quoi toucher ses contemporains.
"J’ai tenu à rester fidèle à la dimension historique du propos tout en cherchant constamment à ouvrir les vannes pour notre société moderne. Avec Pouchkine, j’ai trouvé qu’il y avait moyen de faire le lien avec notre société, finalement assez renfermée et caractérisée par la méfiance. Pouchkine crée des ponts : il était aristocrate et proche du peuple, Russe et Nègre, tsariste et libertaire. Cet homme ne tient pas dans une case, ses contradictions de façade couvent une véritable soif d'ouverture. Quel meilleur modèle pour la jeunesse multiculturelle d'aujourd'hui ?"
Français, Californien, Camerounais, Ewan Lobé Jr aspire aussi à ne pas être mis dans une case. Il fait du métissage un thème parmi d’autres - comme la rivalité entre le pouvoir des lettres et le pouvoir politique, la figure du poète, le rapport aux femmes, la liberté d’écrire, de penser, et de jouir le monde.
« Dépendre d’un monarque ou de la populace,
L’un vaut l’autre pour moi
Je veux vivre à ma guise
Ne servir que moi-même et qu’à moi-même plaire
Ne courber mon esprit, mon honneur, mon échine
Devant aucun pouvoir et aucune livrée […] » Pouchkine.
Pouchkine, de Ewan Lobe Jr. Jusqu’au 11 juillet 2010 au Tambour Royal, 94, rue du Faubourg du temple 75011 Paris Métro Goncourt ou Belleville
POUR LA "PETITE" HISTOIRE :
«Hannibal, prince au Cameroun, s’était fait attraper par les esclavagistes ottomans, raconte Ewan Lobe Jr. Il s’était retrouvé esclave, à Constantinople. L'ambassadeur de Russie, tombé sous le charme de cet enfant un peu espiègle, décide de l'emmener à la cour de Pierre le Grand. D’après l’histoire il l’a aimé comme un fils. Sa petite-fille est la mère de Pouchkine. On l’appelait la créole. Malgré le sang métissé, on voyait bien sur son visage son ascendance africaine, et sur le visage de son fils Alexandre».
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