«Écoutons le fleuve... » dit François Neyt, commissaire de l’exposition. À juste raison. Le Congo raconte un peuple et une civilisation : les Bantou. L’exposition qu’il a élaborée, explore la richesse infinie de cette civilisation foisonnante de symboles et de récits, à travers 170 masques et sculptures.
Plus qu’une frontière, le Congo est une passerelle, un pont. Cette exposition saisit l’unité d’une culture diversifiée. Et plus encore, l’esprit d’un lieu, d’une terre. Chaque sculpture, chaque masque dit un rite, une croyance, une philosophie.
Dans la mythologie bantou, quand l’être masqué apparaît, il plonge son regard dans la vie du village, soutenu par des chants et danses, il réveille la mémoire collective. Les sculptures et masques sont des signes de communication ; ils revivifient l’unité du groupe, guérissent et chassent les esprits.
Des Lega aux Fang, des Tshogo aux Mahongwé en passant par les Kota ou les Boyo Bembé, la correspondance dans les formes et les signes frappent le regard. Même celui du profane. Les différences sont fines et ténues. Elles sont plutôt à chercher dans le sens que dans la forme d’ailleurs.
Qui plus est, le dispositif est remarquable d’habileté et de pertinence dans la mise en relief des liaisons, des liens et des traits communs. La scénographie réinvente dans un récit unique des histoires dispersées de part et d’autre des deux rives. Le tout dans la cohérence d’un espace et d’un temps. Bien sûr, tout cela accentue la correspondance dans les formes et fonctions d’un groupe ethnique à l’autre.
Le fleuve charrie, draine, nourrit les emprunts et échanges de rites, pratiques, manière d’être et de faire. Ce patrimoine circule au fil de l’eau, lien sacré s’il en est. Il devient continuité. Et non plus la rupture ou la frontière.
A contre-courant des lectures faciles sur la supposée place marginale des femmes dans les sociétés africaines, l’abondance des statues et masques féminins, leur grandeur, leur beauté et leur prestige sont une métaphore de la place qu’elles occupent dans cette civilisation. La femme symbolise le cycle de la vie et la nature fertile et féconde. Une exposition qui vient à point nommé !
Image gauche : masque antropomorphe © musée du quai Branly, photo Sandrine Expilly. Image droite : masque à six yeux, dit "masque Lapicque" © musée du quai Branly photo Patrick Gries.
TROIS QUESTIONS À...
François Neyt, commissaire de l’exposition
Le Congo au Quai Branly ?
Ce musée se veut un lieu de dialogue des cultures. Seulement pour échanger, de part et d’autre, il faut que chacun connaisse sa culture et celle de l’autre. La richesse incroyable des traditions du fleuve Congo est insuffisamment connue. Ma volonté est de la mettre en valeur dans le cadre du cinquantenaire des indépendances. Il est important d’être présent par la culture aussi.
L'exposition s'intitule tout simplement "Fleuve Congo"...?
Il couvre un bassin immense, 4 millions km2 environ, qui s’étend du Gabon jusqu’aux abords du lac Tanganyika en République démocratique du Congo (RDC). Son unité culturelle dépasse les frontières existantes. Le fleuve Congo est une frontière, mais surtout un lien culturel. Il unit tous ces peuples dans la civilisation bantou. Nous développons une lecture transversale entre les savoirs particuliers et les savoirs partagés de ces peuples. Il en ressort un regard neuf mettant en évidence les correspondances et les mutations des formes sculptées dans ce territoire. Pour connaître ces populations, il faut les écouter. L’Afrique est fatiguée du regard à sens unique. Pour savoir qui est l’Africain, il faut l’interroger dans son histoire et sa tradition.
Parcours de l’exposition ?
Il s’articule autour de trois pôles : l’importance primordiale du masque en forme de cœur, les reliquaires et statues des ancêtres et enfin l’importance de la représentation de la femme. Le masque en forme de cœur se retrouve, par exemple, dans tous les pays du bassin Congo. Il aidait à réactiver l’identité du lignage, à réunifier l’identité du peuple. Le masque initie à l’apprentissage du monde et tout ce qui l’entoure. On n’y célèbre l’esprit des ancêtres et de la nature, chasse et débusque les mauvais esprits….
Ces mêmes archétypes et sources d’inspirations se retrouvent chez tous les peuples du fleuve Congo, c’est une unité que nous démontrons en rassemblant 170 objets. Ces fonctions très importantes ont été niées par le regard occidental, certains masques ont été interdits durant la colonisation.
Exposition Fleuve Congo - du 22 juin au 3 octobre 2010 - 8,50 € plein tarif et 6 € tarif réduit. En savoir plus






















