« Le dossier était vide, mal foutu, mal instruit. Il n’aurait jamais dû arriver en cour d’assises ! », s’énerve Me Michel Konitz, conseil de la défense. « Le message envoyé aux jeunes des quartiers est très clair : même si nous avons peu d’éléments, vous serez condamnés ! » L’avocat pénaliste se dit choqué par l’utilisation très légère du témoignage sous X qui, en toute circonstance, doit rester « un expédient ». « Tout cela est extrêmement inquiétant. »
Deux semaines d’audience n’ont pas permis de mettre à jour les responsabilités de chacun des présumés tireurs de manière indiscutable. L’accusation reposait essentiellement sur des témoignages sous X. Au final, trois des quatre témoins ne se sont pas présentés. Faute de preuves matérielles, la défense avait plaidé l’acquittement pour ses clients. Ce week-end, les demi-frères Abderhamane et Adama Kamara, 29 ans tous les deux, ont été condamnés à quinze et douze ans de réclusion. Ibrahima Sow, 26 ans, à neuf ans. Les plus jeunes, Samuel Lambalamba, 24 ans et Maka Kanté, 23 ans, ont écopé de trois ans.
« Les gens sont outrés de cette décision ! », s’indigne Almamy Kanouté, ancien candidat de la liste indépendante Emergence aux élections régionales, dans le Val-d’Oise. Ce verdict « envoie un grand coup sur la banlieue alors qu’on ne trouve aucune solution à nos problématiques. Ils ont été condamnés sans preuves. Aberrant ! ». Proche des frères Kamara, l’ancien candidat avoue que « sous le coup de l’émotion, c’est difficile. Je les connais bien et je peux vous assurer qu’Abderhamane et Adama ont joué un rôle majeur dans l’apaisement de la révolte de 2007. Et j’insiste, il s’agissait d’une révolte pas d’une émeute ! » Justement, Almamy veut « former les gens à se révolter autrement, par des moyens légaux. A travers la démocratie, la politique ». A titre personnel, il reste persuadé que « ceux qui ont témoigné avaient une dent contre les accusés. Ils ont pris leur revanche ».
Quatre-vingt dix policiers s’étaient constitués partie civile. Un procès pour l’exemple ? Difficile de trancher. Le syndicat de policiers, Unité SGP Police s’est félicité que « la justice ait pris toute la mesure de la gravité des actes commis ». En envoyant un avertissement : « on ne peut tirer impunément sur les forces de l’ordre ». Pour Me Patrick Arapian, avocat de trois des accusés, « quand les peines sont aussi lourdes que ça, on sent une immixtion de la politique dans la justice ». La défense a dix jours pour faire appel.





















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