Il y a des dates qui marquent plus que d’autres. Je peux dire où j’étais le jour de la chute du mur de Berlin, du début des deux guerres d’Irak, de l’attentat du World Trade Center, du premier tour de l’élection présidentielle 2002 ou de la naissance de mes 3578 neveux et nièces. De même, je peux tout détailler du 25 juin 2009 où Michael Jackson est mort. Cet instant surréaliste où, entre rumeurs persistantes et déni de réalité, il a fallu admettre que l’idole de ma jeunesse ne ferait plus swinguer ma vie au rythme de ses « hi hi ! » et de ses « hou ! ».
Mon premier réflexe a été d’écrire. Ecrire la drôle de mélancolie qui s’emparait de moi. Ecrire sur fond de musique de Michael Jackson, évidemment, dont je me repassais les vidéos en boucle sur Internet. Je me suis dit que « the way you make me feel » was « bad ». Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner. De la famille, des amis qui me demandaient si je réalisais, comme si l’incantation pouvait ressusciter le défunt. Nous nous sommes retrouvés à plusieurs, en pleine nuit, pour une espèce de veillée funèbre spontanée. Même les gamins étaient autorisés à sortir pour parler de celui qu’ils connaissaient à travers la stéréo du papa ou de la maman.
La nuit blanche en a suivi d’autres. Ce n’était pas de l’insomnie, juste l’envie de partager ces moments de communion qu’offre parfois la musique. Au-delà des images surfaites que nous donnaient les médias à travers des émissions-hommages balisées, il y avait les expériences sensibles de chacun. Nous pouvions tous relier des événements de nos vies à une ou plusieurs chansons de la star, qui a posé sa griffe sur quatre décennies. C’était ça la plus belle victoire pour celui qui voulait « heal the world »(guérir le monde) et « make the world a better place » (faire du monde un endroit meilleur) : donner l’occasion aux gens, de plus en plus enfermés dans une société individualiste, de s’unir. Et quelque part, de guérir notre égoïsme.
Depuis, la terre a tourné 365 fois autour d’elle-même. Le monde n’a pas vraiment changé et aujourd’hui comme hier, les guerres, les atteintes à notre environnement que Michael dénonçait dans « Earth song » sont d’actualité. Mais j’ai la fantaisie de croire que la 365ème rotation de notre planète ressemblera à un pas de danse de Michael Jackson. Hi hi ! Hou !
Mabrouck Rachedi est l'auteur du Petit Malik (Ed. Lattès) et co-auteur, avec Habiba Mahany, de La petite Malika, à paraître en septembre 2010 aux Editions Lattès.






















