Début de l’aventure ?
Marlène : En 2008, je terminais mes études dans l’édition et Jessica travaillait comme graphiste et photographe. Nous avons décidé de partir en reportage en Amérique du Sud tout en construisant un projet autour de la surdité. Nous avons obtenu un soutien de la ville de Paris et de quelques autres partenaires. Pauline a rejoint le projet en mai 2009. Éducatrice spécialisée, elle était déjà partie en Bolivie pour enquêter sur les personnes sourdes. La langue des signes n’est pas universelle ; celles utilisée au Brésil et en France sont assez proches, ce qui a facilité le contact.
Objectif ?
Pauline : Partout dans le monde, les sourds rencontrent les mêmes contraintes : pas d’enseignement adapté, difficultés pour s’instruire, accéder à la culture et s’insérer dans la vie professionnelle. Dans certains pays très avancés comme la Suède ou les Etats-Unis, les sourds peuvent devenir médecins ou avocats – ce qui est loin d’être le cas en France ! Nous avions envie de savoir où en étaient les pays d’Amérique du Sud sur ces questions. Nous avons enquêté sur le terrain, avec appareil photo et caméra, à la rencontre de personnes sourdes. Nous sommes également intervenues dans des écoles et auprès d’associations.
Marlène : L’objectif était aussi d’établir des ponts entre nos partenaires français et les interlocuteurs sud-américains. Nous avons travaillé par exemple avec les Yeux pour Entendre, une association qui se bat pour le bilinguisme (français écrit/langue de signes) située à Massy (91). Nous avons visité et observé quelques écoles bilingues du Brésil et d’Argentine, expérience que nous partagerons avec de jeunes français lors de l’université d’été organisée par l'association en juillet 2010.
Pauline : Le but n’était pas seulement d’observer. Nous voulions apporter quelque chose. L’association Signes de sens nous a donné un livre ne contenant que des images, ainsi qu’un DVD avec du mime uniquement, dont le message est universel. Les enfants brésiliens et argentins ont adoré ! Cette expérience nous a montré que les possibilités d’échanges sont immenses.
Qu’avez-vous appris d’autre lors de ce voyage ?
Pauline : Le Brésil a tenté quelques expériences qui n’ont pas d’équivalent en France. Déjà, la langue des signes brésilienne a été officialisée en 2002, alors que la France a attendu 2005 pour reconnaître la sienne ! A Florianópolis, dans le sud du pays, une université propose depuis 2006 des cursus basés sur la langue des signes pour les étudiants sourds, et une formation d’interprétariat en langue des signes pour les entendants. Ces programmes sont complétés par des formations à distance, ce qui n’existe pas en France. Notre but maintenant est de transmettre tout ce que nous avons appris là-bas et en Argentine.
Quels sont vos projets ?
Marlène : Sensibiliser le public par notre site Internet, par des expositions et des conférences en cours de préparation. Pour l’instant, nous sommes en partenariat avec la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette, le Musée du quai Branly ainsi que la Bibliothèque Saint-Eloi, trois sites qui proposent déjà un accueil pour le public sourd.
Pauline : Nous souhaitons aussi soutenir toute initiative de rencontres avec les sourds d’horizons différents. L’association est d’ailleurs en pleine expansion : est invité à nous rejoindre quiconque désire se lancer dans l’aventure ! Notre objectif est de montrer aux sourds qu’ils peuvent voyager et monter des projets. Parfois, ces personnes n’osent pas. "Mille mains dans le monde" prouve que c’est possible. Nous sommes là pour les aider.






















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(1) : disponible prochainement