Mes premiers souvenirs d’enfance sont liés au sport : les exploits de Noah à Roland Garros, la foulée majestueuse de Lewis, les coups francs magiques de Platini… En 1982, du haut de mes 6 ans, je m’ébaubissais du spectacle du Mundial en Espagne. Mes deux équipes de cœur y figuraient déjà : la France et l’Algérie.
Je construisais mon identité multiple, entre les deux rives de la Méditerranée. Je vibrais autant du génie des quatuors Madjer, Belloumi, Dahleb et Assad que Platini, Giresse, Genghini et Tigana. J’ai autant pleuré lorsque l’Algérie fut éliminée au terme du « match de la honte », où l’Allemagne et l’Autriche se sont arrangées pour arriver au score 1-0 qui les qualifiait toutes les deux, que lorsque la France fut sortie par l’Allemagne – encore ! - en demi-finale après avoir mené 3-1, à l’issue de la prolongation la plus folle de l’histoire de la compétition.
Vingt-huit ans après, la France et l’Algérie, mes deux pays, se retrouvent en Afrique du Sud. Comme toujours, je vais être mi-coq, mi-fennec. Fier d’être français et de mes origines, j’ai été élevé dans un bouillon de culture. Et ce bouillon de culture m’a élevé. La différence est une force qui a coloré ma vie, enrichi mon horizon, nourri ma créativité.
Au-delà de moi-même – ce que je suis, d’où je viens – j’ai toujours été ouvert sur l’ailleurs. À cet égard, le football, c’est la vie. En 1982, je découvrais, émerveillé, mon idole Maradona qui portera l’Argentine tout en haut de l’Olympe en 1986, grâce à des actions d’anthologies et une main de Dieu. Je soutiendrais El Pibe de Oro, en larmes, impuissant en 1990 face à la puissance du collectif de la Mannschaft allemande. Le Brésil nourrira mes rêves en 1994, quand Bebeto, accompagné de son compère Romario, bercera un bébé imaginaire à chaque but.
Sur le banc de touche, un certain Ronaldo ne foulera pas la pelouse mais se rattrapera en 2002 où, renaissant de ses cendres après moult blessures, il finira meilleur buteur et champion du monde. Tous ces noms glorieux d’Argentine, du Brésil – et tant d’autres pays – ont alimenté mon identité internationale. Par-delà les frontières, la solidarité, le génie individuel, l’intelligence collective, la générosité, l’engagement ont toujours primé à mes yeux. Au football comme dans la vie.
Dans le dédale de mes souvenirs, impossible d’oublier 1998, où la France, portée par Lilian Thuram en demi-finale et Zinedine Zidane en finale, a soulevé le trophée chez elle. La victoire était en nous, la France multiculturelle. De même en 2006, où il s’en est fallu d’un coup de tête… Une leçon pour notre pays aujourd’hui : la France qui gagne n’est pas une identité nationale figée.
Accro aux déboulés de Ziani, aux débordements de Ribéry, aux crochets de Messi, aux passements de jambes de Ronaldo… pendant un mois, je vais rester scotché à mon téléviseur. Le sublime paradoxe de la vie fait que tous les quatre ans, un ballon rond m’ouvre les horizons de la terre et me… coupe du monde !
Mabrouck Rachedi, écrivain, est l'auteur du Petit Malik (Ed. Lattès) et co-auteur, avec Habiba Mahany, de La petite Malika, à paraïtre en septembre 2010 aux Editions Lattès.
Voir le blog de La Nouvelle Racaille française
Photo : affiche de la campagne de pub Louis Vuitton. La marque a réuni, devant l'objectif d'Annie Leibovitz, trois légendes vivantes du football. En savoir plus : www.louisvuittonjourneys.com/legends






















