Créatrice de mode mais pas fashion victim. Crinière ébouriffée, jean et T-shirt noir faits maison, baskets blanches, long gilet en laine. Sabra Kerrouche reçoit simplement dans son petit atelier d’Aulnay-sous-Bois, niché au cœur d’un hangar occupé par des artisans.
Un peu déboussolée par sa soudaine notoriété – elle enchaîne les interviews depuis la remise de son prix le 25 mai dernier – Sabra est fière de montrer ses créations. Du streetwear mais pas seulement. Des petites robes d’été, de la lingerie, des débardeurs… La jeune créatrice, qui a appris la couture avec sa mère, sait tout faire… ou presque ! « Je ne me suis pas encore attaqué aux vêtements pour hommes même si j’ai acheté un mannequin. Créer pour les femmes est plus facile car je connais mieux leur morphologie ! »
Son rêve : avoir sa propre boutique à Paris. Sa marque a déjà un nom : AP. Comme Aul People (All People). « Aul » pour Aulnay. Intégrer sa ville à ses créations n’est pas nouveau. En 2006, pour son tout premier défilé dans le cadre du Festival Transit, elle s’était inspirée de son quartier. Les damiers bleus et blanc de l’entrée de son immeuble, les bancs du parc en forme de galets… transposés sur des fringues !
Sabra est fière de sa ville même si ce n’est pas toujours facile d'y vivre. A 12 ans, elle voit son voisin se faire planter, l’été fusillades et embrouilles au couteau ne sont pas rares... Mais dans sa famille, on se tient à carreau. Education cadrée avec un père « sévère » et une mère « à l’écoute mais quand elle dit non, c’est non ! ». Originaires d’Algérie, les parents n’ont pas voulu prendre la nationalité française, même si leurs quatre enfants sont Français. « Ca n’aurait rien changé, notre nationalité est inscrite sur notre visage », explique le père qui évoque les discriminations à l’embauche que sa fille aînée a rencontré. Malgré son Bac + 5.
Un peu naïve, un peu trop gentille mais bosseuse et motivée, Sabra a d’abord intégré une école de couture industrielle et enchaîné sur une formation de styliste modéliste. Contre l’avis de son père. Aujourd’hui, elle finance sa passion en travaillant en intérim à Roissy. Mais il n’y a pas que la mode.. Peinture, chant et coiffure afro, la créatrice touche à tout !
Sa devise : Aide-toi et le ciel t’aidera ! Maintenant qu’elle a remporté ce concours – qui lui permet de toucher un chèque de 3 000 €, de faire un stage en Espagne et de voir sa silhouette (haut, bas) commercialisée par Pull & Bear – « faut que je déchire tout ! ». A quand l’enseigne Aul People ?
Photo : Darnel Lindor





















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