Ainsi, le tribunal correctionnel de Paris a estimé que Brice Hortefeux ne parlait pas des Auvergnats mais des Arabes quand il a dit d’un jeune homme : « Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ». Pis, il a jugé que cette phrase du Ministre de l’Intérieur était « incontestablement outrageante, sinon méprisante, pour les personnes concernées», le condamnant à 750 euros d'amende et 2.000 euros de dommages et intérêts pour injure raciale.
Lui qui, en suspendant un préfet, déclarait « Je ne tolèrerai jamais que des propos racistes ou discriminants soient tenus dans notre pays, d'autant plus par un représentant de l'Etat », voit sa réputation gravement entachée à trois niveaux. Tout d’abord personnellement, sous un qualificatif infâmant ; ensuite dans l’exercice de sa fonction de « premier flic de France », qui requiert une exemplarité sans faille ; enfin au nom de la République, qui consacre l’égalité comme un principe premier.
Pourtant, M. Hortefeux restera ministre régalien d’une des administrations les plus puissantes de France, forte de près de 300 000 fonctionnaires. Il est soutenu à la fois par l’UMP et le gouvernement, François Fillon en tête. Renouvelant « son amitié et sa confiance », le premier ministre a affirmé que « tous ceux qui connaissent Brice Hortefeux savent qu'il a montré, par son action, qu'il était respectueux des personnes et des lois». Si M. Fillon n’occupait pas une si éminente responsabilité, on pourrait croire à du second degré.
Azouz Begag n’a-t-il pas écrit que l’inénarrable Hortefeux lui aurait crié à l’Assemblée Nationale « Allez, fissa, sors de là, dégage d’ici ! Je te dis dégage ! » ? N’est-ce pas le même Hortefeux qui, lors d’un voyage en Afrique, a lancé la vanne du siècle à Rama Yade « Tu pars avec nous et c'est bien, mais tu pourrais aussi ne pas revenir» ? Et de Fadela Amara, n’a-t-il pas cru bon affirmer que c’était une compatriote même si « ce n'est pas forcément évident » ? Celui que Rachida Dati aurait qualifié de « gros raciste » n’a-t-il pas sorti au journaliste du Monde Mustapha Kessous « Vous avez vos papiers ? » en lui serrant la main la première fois ?
Les faits sont têtus contre l’ancien ministre de l'Immigration, de l’intégration et de l'Identité nationale mais il semble être au-dessus de tout soupçon selon ses amis. Ceux qu’on entend pousser des cris d’orfraie – à juste titre – quand Georges Frêche dérape, vantent les qualités humaines de Brice tout-puissant. Des mystères de l’ouïe sélective…
Mettons-nous dans la tête d’un policier aux ordres d’un ministre condamné pour injure raciale. Se sentira-t-il légitimé à outrepasser le cadre de la loi lors d’un contrôle ou de toute autre action en présence d’ « Auvergnats »? Ironie de l’actualité, au pays d’Hortefeux, la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) est menacée de disparition. Espérons que cette décision fera, elle aussi, objet d’un appel.
Mabrouck Rachedi, écrivain, est l'auteur du Petit Malik (Ed. Lattès) et co-auteur, avec Habiba Mahany, de La petite Malika, à paraïtre en septembre 2010 aux Editions Lattès.
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