« J’ai grandi à Méricourt, une petite commune du bassin minier, dans le Nord de la France. Ma famille a été accueillie dans un quartier appelé La Cité du Maroc. Un nom qui témoigne de l’arrivée des Marocains pour travailler dans les mines de charbon... Et combattre les Allemands pendant la guerre ! En réalité, dans la « Cité du Maroc » de mon enfance, il y avait aussi des Polonais, des Italiens, des Algériens, des Français… En fond de décor : un immense terril. Les histoires de « galibots » filtraient à travers les murs des maisons des Corons dans différentes langues. Finalement, ce qui caractérise un quartier, c’est les gens qui y vivent : le mien était un quartier populaire, avec les difficultés sociales que t’imagines, et les particularités qui font notre singularité aujourd’hui. Des clichés circulaient dans tous les sens, c’est sûr ! La bêtise, c’est de les cristalliser sur une partie de la population… française visiblement singulière.
Aujourd’hui, je vis à Lille. Une ville que j’aime particulièrement. Très active culturellement, pour le plus grand nombre et pour tous les goûts. J’aime son urbanité, sa mosaïque de quartiers : les cités populaires sont dans la ville, pas mises au ban ! Mon quartier m’inspire beaucoup : il y a un rythme, un vocabulaire, un air du temps qui sonnent bien, des histoires ordinaires et particulières qui me plaisent. J’aime aborder mes personnages sous l’angle de la balade, urbaine ou imaginaire. L’homme moderne porte des baskets : il va d’un lieu à l’autre pour rencontrer l’altérité. De là naissent de drôles d’histoires…
Ma famille est originaire de Zagora, un ville de la Vallée du Draâ, au Sud du Maroc : j’en connais le silence, l’immensité, la beauté… fugace des vacances estivales ! Je n’ai pas de réelle expérience de ce lieu, mais j’ai en mémoire ce que mes parents m’en disent - ou inventent ? ça compte dans ce que je suis aujourd’hui. Dans la cité où j’ai grandi, les familles tentaient de reconstituer leur « village » d’origine en reproduisant les mêmes solidarités, les mêmes modes de rencontres, d’invitations aux fêtes et célébrations… Nous sommes imprégnés de ces copier-coller culturels. Et continuons à faire nos propres collages.
Mon héroïne a une double culture. Et même plus, s’il l’on prend en compte la culture urbaine dans laquelle elle baigne. Elle avance doucement vers le monde des adultes et, chemin faisant, se construit une identité hybride. Personnellement, je n’ai pas subi la violence des discriminations : j’ai tenté d’assumer pleinement ma diversité et j’en ai fait ma force. Continuons à combattre, mais évitons d’emprunter les chemins qui nous empêchent d’avancer : les espaces de cette société nous appartiennent pleinement ; si ça ne fonctionne pas, inventons-en d’autres ! Regarde la naissance du hip hop, de l’électro, du rock, du slam, de la littérature urbaine… Il y a de la place ailleurs et à la marge. Les autres nous y rejoindront, inéluctablement. »





















