Éloge des nouvelles entrepreneures, par Christian Sautter

Éloge des nouvelles entrepreneures, par Christian Sautter / CREDIT PHOTO : DR
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À France Active, 45% des créateurs que nous avons accompagnés, labellisés et financés en 2014… sont des femmes. Nous visons même la parité en 2020 ! Entre audace,  ténacité, et méthode, les trois piliers de la réussite entrepreneuriale, les femmes sont une priorité.

Chacun sait que les nouvelles entreprises ont du mal à trouver des locaux aux loyers abordables dans les grandes métropoles. Les « start ups » parviennent à trouver de plus en plus d’incubateurs pour couver leurs percées dans les hautes technologies. Mais c’est un casse-tête pour les entreprises solidaires, associations, coopératives ou sociétés commerciales à but non lucratif, qui cultivent l’innovation sociale avec du courage mais si peu de moyens financiers…

Ce problème, une jeune femme l’a abordé de front avec une belle audace. Cécile GALOSELVA, n’a pas oublié Vaulx en Velin, cité qualifiée autrefois de « difficile », où elle a grandi. Après un beau parcours international, elle a fondé « ETIC-foncièrement responsable » qui, sur un modèle britannique éprouvé, loue des locaux à prix serrés dans sa banlieue d’origine, et aussi à Montreuil, à deux pas de la Mairie et aussi de France Active, à des « entreprises d’utilité sociale et territoriale ».

Les valeurs nous ont semblé fermes, le « business plan » solide : le réseau France Active soutient cette belle aventure entrepreneuriale et solidaire, d’une part en apportant sa garantie pour un prêt bancaire de 150 000 € (via France Active Garantie) et d’autre part en misant 150 000 € d’épargne solidaire (via la Société d’Investissement France Active) et en y ajoutant 150 000 € de prêts participatifs. Le label « France Active » et ces engagements concrets ont permis d’enclencher et de boucler un « tour de table » qui permet à cette tonique entreprise de se développer.

Je pense  aussi à cette jeune opticienne qui a eu l’idée généreuse et efficace d’aller au devant des clients âgés et dispersés dans la campagne de Seine et Marne, pour améliorer leur vue à domicile. Petit ruisseau du fleuve des « silver industries » qui vont croître pour servir une clientèle solvable de personnes octo- ou nonagénaires. Pour faire le tour de la clientèle potentielle, il faut un véhicule et du matériel d’optique. France Active a garanti un prêt et donné un petit capital « Cap Jeunes » de 2000 €, fourni par la Fondation d’une très grande banque commerciale.

Ces deux exemples montrent que, à l’évidence, les femmes peuvent avoir l’audace et la compétence de se lancer dans la création d’entreprise. De plus en plus nombreuses sont celles qui sortent des écoles de commerce ou des universités avec des masters en management et particulièrement en « Économie sociale et solidaire ». Une fois les enfants à l’école, il n’est pas toujours facile de retrouver un emploi qualifié dans une économie où l’embauche est spartiate.  Et la demande grandit de « services à la personne », et plus généralement d’activités dans des « quartiers de la politique de la Ville », dans des zones industrielles en revitalisation, dans des zones rurales en perte de vitesse. Nos medias sont polarisés par les succès et les frasques des très grandes entreprises aux prises avec une concurrence mondiale féroce. Ils ignorent cette « économie territoriale », qui sert un marché local ou régional, et qui multiplie les emplois « non délocalisables », où les femmes (et les hommes) peuvent déployer leurs talents entrepreneuriaux.

Pascale Boistard, la Secrétaire d’État en charge des Droits des Femmes, ne s’y est pas trompée : elle a l’ambition que le pourcentage de créatrices parmi les créateurs d’entreprises, passe de 30% à 40% d’ici 2020.

Sachez-le, mesdemoiselles et mesdames, nous attendons vos projets dans les 42 implantations territoriales, dont vous trouverez les adresses sur notre site (franceactive.org). Nous gérons un Fonds de Garantie des Initiatives des Femmes (FGIF) qui, depuis qu’il nous a été confié par l’État en 2002, a multiplié son activité par vingt (1863 projets financés en 2014). Le gouvernement a augmenté le plafond des prêts garantis de 27 000 à 45000 euros, pour une durée de sept ans.

En conclusion, vous avez 80% de chance de réussite à trois ans, mesurée par la survie de l’entreprise, le versement d’une rémunération correcte et parfois l’embauche de salariés, si vous conjuguez trois qualités, heureusement fort répandues : l’audace (« il faut y aller »), la ténacité (« il y a des moments difficiles ») et la méthode : être accompagnée par l’un des réseaux qui sont là pour cela près de chez vous et être correctement financée (« on ne peut pas se lancer avec trois sous »).

Mesdames, à vous de jouer et gagner !

Les propos de l’auteur n’engagent pas la rédaction.

Membre du parti socialiste, ancien ministre de l’économie sous le gouvernement de Lionel Jospin, Christian Sautter est Président de l’association France Active qui finance l’insertion par l’activité économique en France.

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