Le rêve américain fait-il encore rêver ?
Bonne question. Les gens y croient toujours mais avec la crise actuelle, les choses vont peut-être s’inverser. La première histoire de mon recueil de nouvelles parle d’immigrés à San Francisco. J’ai eu l’occasion de côtoyer ces personnes un bout de temps. Beaucoup de Mexicains, de Sud-américains, de Chinois, de Russes, croyant tous très fort au rêve américain. Il s’agit d’un mythe très puissant, un mythe souvent plus grand que la réalité. Pour certains, le rêve ne reste qu’une éternelle promesse.
Dans un contexte culturel mondialisé, la littérature américaine signifie-t-elle encore quelque chose ?
Difficile à dire. Définir la littérature américaine est de plus en plus compliqué, en particulier depuis vingt ans : les écrivains immigrés ont apporté une telle influence... On ne peut pas parler « du » roman américain : il y a « des » romans américains, différentes cultures, des références multiples… Définir la littérature américaine relève de l’impossible, et c’est tant mieux !
Les États-Unis sont-ils fermés sur le reste du monde ?
Je ne crois pas. Notre pays est un melting-pot culturel extraordinaire… Il y a tellement d’ethnies, de cultures, qu’écrire sur Francisco, par exemple, revient en quelque sorte à écrire sur le monde. Beaucoup d’Américains viennent de l’étranger, alors forcément, on garde un œil sur le reste de la planète.
Quels auteurs incarnent le mieux la littérature américaine, selon toi ?
Il y a tellement de bons romanciers, évoquant tant de sujets intéressants, qu’il m’est difficile de répondre à cette question ! J’admire Toni Morrison et Tobias Wolff, ainsi que George Saunders, l’auteur du recueil de nouvelles Grandeur et décadence d’un parc d’attractions. Certains écrivains sont spécialistes de thèmes ou périodes de l’histoire spécifiques.
Quelles différences entre le statut d’écrivain en Europe et aux États-Unis ?
Aux Etats-Unis, tu ne verras jamais dans une grande ville d’énormes affiches annonçant un festival littéraire, comme celui auquel nous avons été invités en France (1) ! Le désintérêt pour la littérature est croissant à cause du cinéma, des jeux vidéos, d’Internet. Que des gens, en France, s’intéressent encore aux livres, c’est magnifique !
En France comme aux USA, la plupart des auteurs ne sont pas professionnels...
À part quelques exceptions comme Stephen King, la plupart des écrivains sont des enseignants. Le métier d’écrivain n’existe pas en tant que tel, tous les auteurs que je connais ont un travail alimentaire.
Pour ton premier livre, pourquoi as-tu choisi d’écrire sous forme de nouvelles ?
Des auteurs français m’ont dit que dans leur pays, les nouvelles ne sont pas autant considérées que les romans. Moi, en tant que lecteur, j’adore ça. Hemingway, par exemple, fait partie des écrivains qui ont le plus marqué ma jeunesse. Écrire des nouvelles ne procède pas d’une volonté consciente. Elles me sont venues comme ça, je les ai proposées à mon éditeur, et voilà ! Mais j’aime aussi les romans.
Ton prochain livre ?
Je viens d’en achever le manuscrit. Il racontera l’histoire d’une famille dans le milieu des années 80. Des Californiens qui perdent tout leur argent et doivent déménager au milieu du désert. Ce phénomène existe aux USA. Des communautés s’isolent au milieu de nulle part et roulent deux heures tous les jours pour travailler. Un livre au cœur de la crise, vue par le prisme d’une famille ordinaire.
(1) Le festival America, consacré à la littérature américaine, s’est tenu fin septembre 2008 à Paris. www.festival-america.com
























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(1) : disponible prochainement