Politique, hautes administrations, représentations de l’État: quels sont les besoins de renouvellement?
Les besoins sont concrets: de nombreux départs à la retraite vont avoir lieu dans les prochaines années. Les entreprises en sont conscientes, les administrations publiques et les partis politique un peu moins. Cette période offre l’opportunité de pouvoir renouveler nos élites professionnelles. La question est de savoir si celles-ci sont prêtes, ou pas, à ce renouvellement. Depuis une trentaine d’années en France, les élites professionnelles se recrutent à l’intérieur d’une élite sociale qui, elle, se rétracte. C’est dangereux! Dans toutes les civilisations, à chaque moment de l’Histoire, quand ce phénomène se produit, ces élites perdent leur légitimité et finissent par être chassées. C’est le sort de l’aristocratie française au dix-huitième siècle. Elle est devenue une classe qui défendait ses intérêts. La révolution a tout emporté. Nous approchons de 2010, la France a beaucoup changé, mais nous n’avons pas le sentiment que les élites soient très différentes de ce qu’elles étaient au début des années 1970. Le décalage est frappant.
Quelle est la réalité des grandes écoles en France?
Elles attirent les meilleurs candidats, et elles sont plus efficaces dans la mesure où elles assurent une meilleure intégration professionnelle. Les cycles universitaires voient leur cote de popularité diminuer, notamment les premiers cycles (médecine ou droit) du fait des nombreux échecs. Les classes préparatoires des grandes écoles vont donc logiquement attirer de plus en plus d’étudiants. On mentirait sciemment aux jeunes si on leur disait que les universités délivrent des diplômes nationaux de façon égalitaire, en donnant le même accès à l’emploi. Un master de droit de Paris II (notre meilleure faculté de droit) et un diplôme équivalent délivré par une autre université n’ont pas la même valeur dans le monde de l’entreprise. Le diplôme ne confère pas un droit au travail: c’est l’entreprise qui recrute et c’est aux jeunes diplômés de la convaincre.
La recherche française est en difficulté…
La situation de la recherche en France n’est pas bonne. Cela s’explique par trois facteurs structurels complexes. Le premier: le système français est tronçonné en trois parties (les grandes écoles, la partie universitaire et la recherche). Or, dans le monde, ces trois parties ne forment qu’un seul bloc: on n’imagine pas l’université d’Oxford sans ses collèges et l’université de Cambridge sans la recherche.
Deuxième facteur: En France, tout bachelier peut aller à l’université, c’est une valeur républicaine. Avec l’idée que toutes les universités sont équivalentes en qualité. Cette idée n’existe nulle part ailleurs. Les systèmes sont ou très sélectifs comme en Angleterre, très peu ou pas du tout sélectifs comme en Allemagne, mais il existe alors une hiérarchie des universités. Il y a aussi des systèmes mixtes comme aux États-Unis (avec 4000 établissement post enseignement scolaire, dont les deux tiers n’ont aucune sélection à l’entrée). En France, on ne sélectionne pas les étudiants mais on n’admet pas officiellement que les universités soient elles-mêmes hiérarchisées. Les effets sont très lourds. Dans les facultés (notamment celles avec beaucoup d’étudiants), l’énergie et le temps des enseignants est consacré à la sélection des étudiants en première année, deuxième année et licence. C’est autant de temps qui n’est pas donné à la recherche. Or, dans le monde, le classement des universités fait essentiellement référence à la qualité de la recherche.
Troisième facteur: on met très peu d’argent dans les universités françaises (que ce soit l’État ou le secteur privé) comparativement à ce qui se passe au Royaume-Uni et aux États-Unis.
La jeunesse est-elle assez formée à la globalisation?
Seule une partie de la jeunesse est mieux adaptée et formée à cette question que les générations précédentes. On peut très bien faire des études en France sans savoir ce qu’est la globalisation ou la compétition. Et c’est une vraie inégalité: il y a d’un côté les jeunes formés dans le cadre d’un monde globalisé et de l’autre ceux qui le découvriront de plein fouet. Des expériences de sensibilisation à la globalisation avec visites d’usines délocalisées ont lieu pour comprendre cette réalité. Elles devraient être généralisées.
























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